Chris Jarvis : un grand sportif que la maladie a poussé à se dépasser

Le choc du diagnostic

Quand il est diagnostiqué à l’âge de 14 ans comme personne diabétique de type 1, le jeune adolescent pense que sa vie va devenir un enfer. Très sportif, il continuera pourtant de s’entraîner dans l’équipe de football de son collège, se laissant petit à petit séduire par l’aviron, un sport qui n’est pourtant pas à proprement parler « cool » pour un adolescent. « Personne ne regarde ce sport à la télévision comme c’est le cas pour le hockey ou le football par exemple », affirme Chris.

Il pra­tiquera en même temps l’aviron et le football avant d’op­ter définitivement pour l’aviron, vers l’âge de 17 ans. Son palmarès devient rapidement très impressionnant. Originaire de l’Ontario, Chris vit et s’entraîne aujourd’hui en Colombie-Britannique, à Victoria, avec l’équipe nationa­le d’Aviron Canada.

Il a à son actif 2 médailles d’or obtenues aux championnats du monde de 2002 et 2004. En juillet 2007, il a gagné l’or aux Jeux panaméricains avec son coéquipier Dan Casaca.

Le support de ses commanditaires lui a permis d’atteindre ses rêves. Il faut mentionner aussi l’appui de la Diabetic Exercise and Sport Association (DESA) : il est le premier athlète diabétique à avoir obtenu cette bourse d’excellence sportive.

Comment arrive-t-il à ses résul­tats? C’est surtout la volonté et les embûches constantes qui ont amené Chris là où il se trouve.

Quand la maladie devient une motivation

Paradoxalement, c’est le diabète qui pousse Chris à se dépasser; arrêter de considérer la maladie comme un obstacle, mais plutôt l’utiliser à ses fins, voilà ce que l’athlète préconise. Et il le fait savoir autour de lui. Entre ses périodes d’entraînement, Chris voyage avec ses commanditaires et rencontre beau­coup de gens.

Sa maladie, loin de l’isoler, lui fait constamment voir de nouveaux horizons. Chris aime les gens et n’hésite pas à donner de sa personne.

Au début, Chris ne révélait son problème qu’à ceux qui « devaient le savoir ». Avec le temps, il a appris à dire les choses simplement et à montrer qu’être diabétique et ath­lète de haut niveau était possible. Il parle de sa maladie sans gêne et se rend compte que ses discussions sur le sujet lui sont utiles, mais qu’elles aident aussi les gens autour de lui. Chris donne des conférences et essaie de montrer que le diabète ne limite pas les personnes. Chris ne semble jamais s’arrêter, il peut « déplacer des montagnes ».

D’ailleurs, dans le cadre de ses activités avec Insulindependence (dont il est l’un des cofondateurs), il a organisé en 2006 une expédi­tion dans les Andes au Pérou, et a ainsi pu accompagner cinq adolescents, garçons et filles, diabétiques (un Canadien, deux Américains et deux Néozélandais).

Une pompe qui fait la différence

Quand il est en compétition, Chris doit surveiller sa glycémie 10 fois par jour. Aux Jeux olympiques d’Athènes, des lectures de gly­cémie devaient être prises jusqu’à 20 fois par jour. Aucun droit à l’erreur, aucune faute n’était permise.

La pompe à insuline qu’il porte à sa ceinture depuis 2004 et qui surveille aussi sa glycémie en continu est un véritable petit bijou technologique qui lui a permis de changer radicalement sa vie d’athlète. Il considère depuis « qu’il gère son propre pancréas externe ».

Totalement soutenu par son entraîneur Mike Spracklen et par ses coéquipiers, Chris a pris son diabète en charge. Conscient de ses obligations, il assume ses responsabilités et utilise sa pompe à insuline comme une stratégie supplémentaire pour mieux contrôler sa glycémie. D’ailleurs, il garde toujours un œil sur le petit écran et vérifie, en temps réel, ses résultats.

Conçue pour vérifier le taux de glucose toutes les 10 secondes grâce au lecteur de glycémie en continu intégré, sa pompe affiche à l’écran les résultats toutes les 5 minutes. De plus, une alarme se déclenche quand les résultats se situent en dehors des limites préétablies. La personne diabétique doit alors corriger la situation, par exemple en mangeant ou en s’injectant un bolus (dose supplémentaire injectée ponctuellement) d’insuline. Pour un athlète de l’envergure de Chris Jarvis, c’est une véritable révolution pour ses périodes quotidiennes d’entraînement et pour ses compétitions de niveaux national et interna­tional.

Savoir à tout instant ce qui se passe l’empêche de « devenir anxieux ». Il a pris le contrôle de son corps et il jouit aujourd’hui d’une plus grande liberté, essentielle à sa carrière d’athlète olympique.

Chris explique que le fait d’exercer une activité physique équivaut à s’injecter de l’insuline. Le stress lié à la compétition, il a appris à le gérer; il comprend tous les aspects de sa maladie et il sait aujourd’hui comment profiter pleinement de tous les moyens mis à sa disposition.

 

Adapté de :

Benhaberou-Brun Dalila (Hiver 2007-2008). Chris Jarvis, rameur olympique. Plein Soleil, Diabète Québec, p.18-20

Mise à jour : Août 2014