Raymond Bouchard, ancien porte-parole

Le diabète ne m’a jamais empêché de faire ce que je voulais!

Né à Lauzon (près de Québec) le 7 mars 1945, Raymond Bouchard est le porte-parole de Diabète Québec depuis 1991. Nomade, il adore conduire. Être au volant le relaxe et lui offre un sentiment de liberté totale. Il vous dira : « c’est là où je me sens le mieux ». C’est que, voyez-vous, Raymond Bouchard aime l’esthétique des voitures puissantes et la vitesse. Il a, toutefois, toujours su faire preuve de prudence.

Jeune, qu’est-ce qui vous animait?

« J’aimais l’école, j’avais le désir d’apprendre, mais à cette époque, rien ne me prédestinait au théâtre. J’aimais particulièrement l’étude du français, de l’anglais, du latin, du grec et des mathématiques. J’ai fait tout mon cours classique à Québec, collège devenu aujourd’hui le Cégep Limoilou. J’ai étudié trois ans à l’Université Laval. J’ai été admis pour étudier tout particulièrement le latin et le grec ancien. L’amour de cette culture m’a même poussé à m’intéresser à l’archéologie classique. J’avais soif de savoir, j’ai donc changé plusieurs fois de spécialisation. J’ai terminé avec deux diplômes d’études supérieures : un en littérature française et l’autre en histoire. »

Quand le théâtre a-t-il commencé ?

« Lorsque j’étais au collège, je ne pensais pas devenir un acteur parce que j’étais timide. Malgré ma soif de savoir, je demeurais un gars renfermé. Au collège, à l’époque, les étudiants pouvaient choisir l’option théâtre. Cette timidité m’a longtemps empêché de monter sur la scène. Je préférais plutôt être soliste dans la chorale du collège. J’avais une bonne voix et c’est ce qui me fit remarqué, lors de mes dernières années de cours classique, par le père Thibodeau. Il me dit : « tu as une bonne voix et tu devrais jouer sur scène ». Je n’y croyais pas, mais il m’a persuadé. J’avais alors 16 ou 17 ans. Il m’a initié au théâtre durant mon cours classique. L’année suivante, il m’a fait jouer dans une nouvelle pièce. »

Raymond Bouchard est enthousiaste, son débit verbal soutenu. L’entrevue semble lui plaire et l’homme a beaucoup à dire. On dirait même qu’il voudrait tout dire en même temps. Je ressens l’amoureux de la vitesse et sa gestuelle évoque un être passionné. Les clients du restaurant où nous sommes reconnaissent avec plaisir l’un des plus grands comédiens de son temps au Québec.

Quand êtes-vous devenu comédien professionnel?

« C’est survenu à l’âge de 18 ans. Une troupe professionnelle, Les Dominos, regroupant des artistes au passé notable mais oublié, m’avait offert mon premier rôle rémunéré. C’était avant mon conservatoire que j’ai fini en 1970. La télévision viendra plus tard. »

Durant ses premières années professionnelles au théâtre, il suit en même temps des cours à l’université. Raymond Bouchard prend la tête d’affiche dans diverses pièces de même que dans des dramatiques hebdomadaires à la radio. Il me confie même, dans un élan spontané, que ses cachets au théâtre lui permirent de payer ses études. Il joint, par la suite, la Troupe des Treize qui regroupait quatre-vingt personnes et produisait quatre pièces par année. Après son université, il entre au conservatoire de Québec. Il y reste dix-huit mois. Admis au conservatoire de Montréal, il y termine sa formation en 1970. Il retourne travailler à Québec durant trois ans. Il s’installe par la suite dans la région montréalaise de manière définitive.

Êtes-vous marié?

« Je l’ai été, mais vous savez la vie d’acteur… Présentement, je suis célibataire. J’ai deux filles, Caroline, 31 ans, qui habite Québec, et Isabelle, 18 ans, qui vit à Seattle, aux États-Unis. »

Quelles valeurs vous tiennent le plus à cœur?

« J’aurais le goût de dire toutes. Voyez-vous, lorsqu’on fait de la recherche intérieure, cela devient global. Tout est interdépendant. C’est plutôt une question de conscience. La croissance personnelle ouvre la conscience. Son évolution nous rend réceptif aux problèmes de l’environnement, de la ségrégation, aux problèmes des relations parents-enfants et autres maux de notre société moderne. L’évolution de notre espèce termine son enfance et amorce, à peine, son adolescence. La conscience globale n’est pas très développée et les valeurs prennent le bord. Les gens ne s’en préoccupent pas, parce qu’ils ne les connaissent pas suffisamment. On est tous à faire notre chemin dans la vie, au jour le jour. »

Avez-vous des préoccupations?

« L’humanité baigne trop souvent dans l’inconscience. Conséquemment, son comportement est quelquefois bizarre. Les journaux ne présentent-ils pas régulièrement des scènes d’horreur? Cela me désole. L’impuissance et la consternation résultent de telles circonstances. L’équilibre est, à mon avis, la solution. N’avons-nous pas tous une mission sur la Terre? Il faut que la conscience individuelle s’ouvre et, dès lors, nous édifierons les bases d’un monde meilleur. »

La richesse intellectuelle et de cœur de Raymond Bouchard m’impressionne. Sa perception du monde est saisissante. Au delà de l’artiste, subsiste un être sensible aux siens et à l’évolution du genre humain. Plus qu’un artiste, un grand homme! Je décide de personnaliser mes questions.

Quelles personnes vous ont le plus influencé?

« J’ai deux choix. Mon premier serait l’écrivain Jean-Paul Sartre. J’ai été élevé catholique et je peux me définir comme un passionné. Quand j’ai découvert l’existentialisme de Sartre, Camus et des autres, j’ai eu un choc. J’ai adhéré à cette philosophie. Cette période de l’histoire a eu une influence incroyable sur la jeunesse mondiale. Mon évolution, en tant qu’être, se poursuit, depuis un bout de temps, par l’addition du Zen par la lecture de sa philosophie. Prendre conscience du présent, voilà ce qui est important.

« Mon deuxième choix serait Jean Duceppe, pour son influence théâtrale sur ma carrière. Je lui ai même succédé comme porte-parole deDiabète Québec. Certains estiment que mon jeu ressemble étrangement au sien. C’est, pour moi, un réel privilège. »

Êtes-vous un gars discipliné?

« Oui! J’ai des heures de travail et je suis très organisé. Je me discipline à de véritables cycles d’énergie. »

Quelle définition donnez-vous à l’amour?

« C’est un noble sentiment. L’attirance, le respect, l’authenticité, la complémentarité des affinités, le romantisme, la préoccupation de l’autre et de son bien-être et une intime complicité, s’avèrent ma définition de l’amour. Quand j’aime, je n’ai pas de difficulté à le dire ou à le témoigner. »

Comment vivez-vous votre diabète?

« Le contrôle du taux de glycémie signifie la survie. Lorsqu’on a diagnostiqué la maladie, il n’existait pas d’outils vraiment adéquats comme le lecteur de glycémie pour tester et contrôler le diabète. J’ai payé cher mes dix premières années incontrôlées de diabète. À cause d’elles, j’ai subi deux pontages cardiaques. Le diabète est sournois parce que son taux est aléatoire et variable. Nos émotions, notre alimentation et une gamme de facteurs influencent le taux de glycémie. Bien contrôlé, un individu peut vivre normalement. Le diabète ne m’a jamais empêché de faire ce que je voulais. »

Quel souvenir voudriez-vous laisser?

« Celui d’un homme authentique et intègre. »

Authentique et intègre, Raymond Bouchard l’est assurément. Un être soucieux de ses semblables et de son environnement. Il croit que chaque individu, de manière prémédité ou par ignorance, peut être source génératrice du meilleur ou du pire. Il a confiance en l’homme à titre de parcelle de conscience et de porteur de lumière sur cette planète.

Cette conscience ne débute-t-elle pas individuellement par des choses toutes simples? Le diabète attaque constamment l’intérieur du corps humain. « Ne jouez pas avec votre vie! »

Source : Plein Soleil – Été 2001.