
Par Gaston L'Heureux
Je ne connaissais Stéphane Gendron que de nom. Je connaissais l’homme uniquement par l’entremise des médias, suivant de près ses activités comme maire de Huntingdon, ses prises de position dérangeantes et son acharnement à mener à terme ses projets. Faire revivre une ville qui agonisait a toujours été sa priorité depuis qu’il a plongé dans l’univers de la politique municipale.
Et puis, sa nouvelle carrière à la radio et à la télévision en a fait un personnage incontournable. Il brasse la cage, comme on se plaît à le dire.
Diabétique depuis l’âge de 17 ans ( il est né en 1967), il n’a jamais accepté sa maladie. Toutefois, celle-ci n’a pas altéré son esprit critique et la formidable énergie qui l’habite.
« Je ne suis pas du genre à m’apitoyer sur mon sort, je n’ai d’autres choix que de continuer », dit-il. Insulinodépendant depuis plus de 20 ans, il a été hospitalisé à quelques reprises. Las de la pompe à insuline à laquelle il ne s’est jamais adapté, il a décidé de revenir à la méthode traditionnelle de la seringue.
Stéphane Gendron est un homme super actif. Sa journée débute à 4 h 30. Après sa participation à l’émission de Paul Arcand suivent d’autres interventions radiophoniques en plus des réunions de production et de la diffusion de sa quotidienne « L’avocat et le Diable », sur les ondes de TQS. Puis il repart en cinquième vitesse pour la mairie de Huntingdon où il doit assumer ses fonctions de maire.
À 39 ans, Stéphane Gendron a vécu déjà plusieurs vies. Diplômé en droit de l’Université McGill, il a étudié en sciences politiques et c’est à Boston qu’il a choisi l’histoire. Déjà, le bagage est impressionnant. Mais, plus encore, il est passionné de musique. Il a d’ailleurs étudié à l’École Vincent-d’Indy, puis au Conservatoire. Organiste, directeur de chorale, son esprit indépendant et sa conception des choses, peu orthodoxes, ne l’ont pas toujours servis.
Pendant trois ans, il fut attaché au cabinet de Jean Garon, le coloré ministre de l’Agriculture. « Ce fut plus qu’une école, c’était vraiment vivre sur le plancher des vaches, faisant face aux vrais problèmes. C’est une expérience qui a marqué ma vie », se rappelle-t-il.
Avocat spécialisé en petite enfance, il fut sollicité un jour pour se présenter à la mairie de sa municipalité. On connaît le reste de l’histoire.
Stéphane Gendron est un personnage attachant, franc, sans prétention et chaleureux. Tout le contraire de ce que pensent ceux qui ne l’aiment point. Les propos parfois incendiaires du maire n’ont pas toujours eu la cote. Pourtant, cet homme dégage une sorte d’humilité déconcertante pour celui qui le rencontre pour la première fois.
Avant d’être agriculteur, le père de Stéphane Gendron fut bûcheron. Natif de Saint-Octave-de-l’Avenir, ce Gaspésien a trimé à la dure. Sa mère, institutrice, est une femme qui l’a profondément marqué. Peut-être trop, comme il le dit ironiquement.
Père de quatre enfants, Stéphane dégage une énergie peu commune. C’est un battant. « C’est sans doute pour cela que je surmonte cette maudite maladie », confie-t-il.
J’ai été très impressionné par cette rencontre. Nous avons parlé de tout et de rien, le coq-à-l’âne ne le fatiguant point. Touche-à-tout mais très conscient de ses propres limites, Stéphane Gendron fonce sur tous les plans, même s’il ne sait pas ce que l’avenir lui réserve.
Tous les jours, il suit le rituel de ses injections (quatre fois), loin de se laisser abattre par le quotidien. Le diabète n’est pas un boulet qu’il traîne. « J’en ai sans doute tiré profit, ne serait-ce que d’avoir développé le goût de me battre… et de gagner.
Stéphane Gendron, c’est de la dynamite, enrobée de chocolat. Sans sucre.
Source : Plein Soleil Automne 2006, révisé en février 2010.