
« Le diabète ne m'a jamais empêché de faire ce que je voulais »
Né à Lauzon (près de Québec), le 7 mars 1945, Raymond Bouchard est le porte-parole de Diabète Québec depuis 1989. Nomade, il adore conduire. Être au volant, le relaxe et lui offre un sentiment de liberté totale. Il vous dira : « cest là où je me sens le mieux ». Cest que, voyez-vous, Raymond Bouchard aime lesthétique des voitures puissantes, et la vitesse. Il a, toutefois, toujours su faire preuve de prudence.
« Jaimais lécole, javais le désir dapprendre, mais à cette époque, rien ne me prédestinait au théâtre. Jaimais particulièrement létude du français, de langlais, du latin, du grec et des mathématiques. Jai fait tout mon cours classique à Québec, collège devenu aujourd'hui le Cégep Limoilou. Jai étudié trois ans à lUniversité Laval. Jai été admis pour étudier tout particulièrement le latin et le grec ancien. Lamour de cette culture, ma poussé même à m'intéresser à larchéologie classique. Javais soif de savoir, j'ai donc changé plusieurs fois de spécialisation. Jai terminé avec deux diplômes détudes supérieures : un en littérature française et l'autre en histoire. »
« Lorsque jétais au collège, je ne pensais pas devenir un acteur parce que jétais timide. Malgré ma soif de savoir, je demeurais un gars renfermé. Au collège, à lépoque, les étudiants pouvaient choisir loption théâtre. Cette timidité ma longtemps empêché de monter sur la scène. Je préférais plutôt être soliste dans la chorale du collège. Javais une bonne voix et cest ce qui me fit remarqué, lors de mes dernières années de cours classique, par le père Thibodeau. Il me dit : « tu as une bonne voix et tu devrais jouer sur scène ». Je ny croyais pas, mais il ma persuadé. Javais alors 16 ou 17 ans. Il ma initié au théâtre durant mon cours classique. Lannée suivante, il ma fait jouer dans une nouvelle pièce. »
Raymond Bouchard est enthousiaste, son débit verbal soutenu. Lentrevue semble lui plaire et lhomme a beaucoup à dire. On dirait même quil voudrait tout dire en même temps. Je ressens lamoureux de la vitesse et sa gestuelle évoque un être passionné. Les clients du restaurant où nous sommes reconnaissent avec plaisir lun des plus grands comédiens de son temps au Québec.
« Cest survenu à lâge de 18 ans. Une troupe professionnelle, Les Dominos, regroupant des artistes au passé notable mais oublié, mavait offert mon premier rôle rémunéré. Cétait avant mon conservatoire que j'ai fini en 1970. La télévision viendra plus tard. »
Durant ses premières années professionnelles au théâtre, il suit en même temps des cours à luniversité. Raymond Bouchard prend la tête daffiche dans diverses pièces de même que dans des dramatiques hebdomadaires à la radio. Il me confie même, dans un élan spontané, que ses cachets au théâtre lui permirent de payer ses études. Il joint, par la suite, la Troupe des Treize qui regroupait quatre-vingt personnes et produisait quatre pièces par année. Après son université, il entre au conservatoire de Québec. Il y reste dix-huit mois. Admis au conservatoire de Montréal, il y termine sa formation en 1970. Il retourne travailler à Québec durant trois ans. Il sinstalle par la suite dans la région montréalaise de manière définitive.
« Je lai été, mais vous savez la vie dacteur Présentement, je suis célibataire. Jai deux filles, Caroline, 31 ans, qui habite Québec, et Isabelle, 18 ans, qui vit à Seattle, aux États-Unis. »
« Jaurais le goût de dire toutes. Voyez-vous, lorsquon fait de la recherche intérieure, cela devient global. Tout est interdépendant. Cest plutôt une question de conscience. La croissance personnelle ouvre la conscience. Son évolution nous rend réceptif aux problèmes de lenvironnement, de la ségrégation, aux problèmes des relations parents-enfants et autres maux de notre société moderne. Lévolution de notre espèce termine son enfance et amorce, à peine, son adolescence. La conscience globale nest pas très développée et les valeurs prennent le bord. Les gens ne sen préoccupent pas, parce quils ne les connaissent pas suffisamment. On est tous à faire notre chemin dans la vie, au jour le jour. »
« Lhumanité baigne trop souvent dans linconscience. Conséquemment, son comportement est quelquefois bizarre. Les journaux ne présentent-ils pas régulièrement des scènes dhorreur? Cela me désole. Limpuissance et la consternation résultent de telles circonstances. Léquilibre est, à mon avis, la solution. Navons-nous pas tous une mission sur la Terre? Il faut que la conscience individuelle souvre et, dès lors, nous édifierons les bases dun monde meilleur. »
La richesse intellectuelle et de cur de Raymond Bouchard mimpressionne. Sa perception du monde est saisissante. Au delà de lartiste, subsiste un être sensible aux siens et à lévolution du genre humain. Plus quun artiste, un grand homme! Je décide de personnaliser mes questions.
« Jai deux choix. Mon premier serait l'écrivain Jean-Paul Sartre. J'ai été élevé catholique et je peux me définir comme un passionné. Quand jai découvert lexistentialisme de Sartre, Camus et des autres, jai eu un choc. Jai adhéré à cette philosophie. Cette période de lhistoire a eu une influence incroyable sur la jeunesse mondiale. Mon évolution, en tant quêtre, se poursuit, depuis un bout de temps, par laddition du Zen par la lecture de sa philosophie. Prendre conscience du présent, voilà ce qui est important.
« Mon deuxième choix serait Jean Duceppe, pour son influence théâtrale sur ma carrière. Je lui ai même succédé comme porte-parole deDiabète Québec. Certains estiment que mon jeu ressemble étrangement au sien. Cest, pour moi, un réel privilège. »
« Oui! Jai des heures de travail et je suis très organisé. Je me discipline à de véritables cycles dénergie. »
« Cest un noble sentiment. Lattirance, le respect, lauthenticité, la complémentarité des affinités, le romantisme, la préoccupation de lautre et de son bien-être et une intime complicité, savèrent ma définition de lamour. Quand jaime, je nai pas de difficulté à le dire ou à le témoigner. »
« Le contrôle du taux de glycémie signifie la survie. Lorsquon a diagnostiqué la maladie, il nexistait pas doutils vraiment adéquats comme le lecteur de glycémie pour tester et contrôler le diabète. Jai payé cher mes dix premières années incontrôlées de diabète. À cause delles, jai subi deux pontages cardiaques. Le diabète est sournois parce que son taux est aléatoire et variable. Nos émotions, notre alimentation et une gamme de facteurs influencent le taux de glycémie. Bien contrôlé, un individu peut vivre normalement. Le diabète ne ma jamais empêché de faire ce que je voulais. »
« Celui dun homme authentique et intègre. »
Authentique et intègre, Raymond Bouchard lest assurément. Un être soucieux de ses semblables et de son environnement. Il croit que chaque individu, de manière prémédité ou par ignorance, peut être source génératrice du meilleur ou du pire. Il a confiance en lhomme à titre de parcelle de conscience et de porteur de lumière sur cette planète.
Cette conscience ne débute-t-elle pas individuellement par des choses toutes simples? Le diabète attaque constamment lintérieur du corps humain. « Ne jouez pas avec votre vie! »
Source : Plein Soleil - Été 2001.