
Ces
phrases nous les entendons souvent de la bouche des personnes
diabétiques. Néphropathie signifie : atteinte (ou maladie) des reins. Chaque humain a
2 reins, lun à droite, lautre à
gauche, de chaque côté de la colonne vertébrale, à peu près à la hauteur de lendroit
où ça fait mal quand on dit « jai
mal aux reins ». Sauf que lorsquon dit « jai mal aux reins
» ce sont le plus souvent les os de la colonne vertébrale
qui font mal et non les vrais reins!
Les reins fabriquent lurine. Ils agissent comme des filtres: ils purifient le sang, ils éliminent des produits dont nous navons pas besoin ou qui sont en trop dans notre sang: le sodium (sel), le potassium, lurée, lalbumine, le glucose (sucre) et leau. Donc, les reins sont dune importance majeure pour notre santé. Mais il sagit dorganes assez fragiles: à trop les faire travailler, on risque de les user. Un diabétique qui oblige ses reins à éliminer beaucoup de sucre va les rendre vulnérables.
Les reins sont des filtres. Un rein est une sorte de passoire avec 1,2 million de trous très petits appelés néphrons, par où nous éliminons ce dont nous navons pas besoin. Petit à petit, avec le temps, les trous se détériorent: un rein est moins efficace à 80 ans quà 20 ans. Comme le temps, la charge de travail va diminuer lefficacité des filtres.
Or nous avons vu que les reins servent à éliminer le sucre. Si lon veut diminuer le travail du rein, il faut donc ne pas avoir trop de sucre (glucose) dans le sang! La limite est à 10 mmol/L ou 180 mg/dl. En-dessous de ces glycémies les reins travaillent bien. On comprend ici pourquoi les médecins, les diététistes et les infirmières insistent pour que la glycémie avant les repas soit la plus normale possible! Car après chaque repas, elle va monter et il faut éviter quelle dépasse 10 mmol/L ou 180 mg/dl!
Maintenir un bon équilibre de son diabète, c'est-à-dire avoir de bonnes glycémies avant et après les repas, devrait permettre de garder ses reins en santé.
Autrefois, les patients recherchaient le taux de glucose dans lurine : la glycosurie. On ne fait plus beaucoup cela aujourdhui: il vaut mieux évaluer sa glycémie que sa glycosurie. Si la glycémie est trop élevée, il est sûr que le rein a travaillé et que lon a du sucre dans les urines. Or, cest justement ce quil faut éviter!
Il y a un autre produit qui passe dans les urines. Son nom fait toujours un peu peur: lalbumine. L'albuminurie, c'est-à-dire la présence dalbumine dans lurine, marque une étape importante dans lévolution de la néphropathie. Plus elle est augmentée, plus les reins sont fatigués. Autrefois, on recherchait lalbuminurie en trempant une bandelette dans lurine et la réponse était positive ou négative. Pour être positive, il fallait une concentration en albumine dans les urines dau moins 300 mg/L. Ce dosage définissait le début de la néphropathie, donc déjà un certain degré datteinte des reins. Mais en dessous de 300 mg/L la réaction était négative et lon pensait que les choses allaient encore bien. Pourtant, lélimination normale dalbumine est de 0 à 30 mg/L. On négligeait la phase comprise entre 30 et 300! Il fallait que la maladie rénale évolue jusquà 300 pour que lon sen occupe et donc on agissait avec retard!
Aujourdhui, les progrès techniques permettent dévaluer lalbuminurie pendant la période 30-300: la microalbuminurie. De nouvellesà bandelettes sont disponibles et permettent un dépistage qui sera complété, au besoin, par une analyse faite sur les urines de la nuit ou de toute une journée. Ces techniques permettent le diagnostic de néphropathie plus tôt et mieux vaut traiter une maladie trop tôt que trop tard. Votre médecin doit donc faire ce dépistage régulièrement, une fois par année.
Si la néphropathie nest pas bien traitée, elle évoluera encore et se compliquera. Lalbuminurie augmentera progressivement. Un jour le médecin dira que le patient fait de la haute pression. Il faudra donc prendre des médicaments, mais aussi faire de lactivité physique, améliorer la diète, perdre du poids et contrôler au mieux la glycémie pour ramener la pression aux chiffres normaux pour un diabétique: 130/85 selon les dernières recommandations.
Si les choses évoluent encore, la maladie va devenir
de plus en plus grave et lon risque davoir recours
au « rein artificiel » ou dialyse.
Les patients
doivent venir à lhôpital 2 ou 3 fois par
semaine pour subir des séances de dialyse souvent éprouvantes
tant que lon a pas trouvé de donneur de rein.
Les personnes diabétiques, qui sont très susceptibles
davoir besoin dune greffe un jour, devraient inciter
leurs familles, leurs amis, leurs proches à signer
lautorisation de dons dorganes sur leur carte
soleil.
Aujourdhui au Québec, plusieurs personnes diabétiques sont en attente de greffe. Une personne qui meurt peut sauver 2 diabétiques. On pourrait facilement multiplier par 2 le nombre des donneurs: le Québec est la province au Canada où le nombre de donneurs est le plus faible! Espérons que ces quelques phrases vont aider de nombreuses personnes à se décider.
| Stade | Albuminurie (mg/L) | Pression artérielle | Insuffisance rénale |
| Stade I | Moins de 30 | Normale | Non |
| Stade II | entre 30 et 300 | Normale | Non |
| Stade III | Supérieure à 300 | Un peu élevée | Non ou limite |
| Stade IV | Supérieure à 300 | élevée | Oui |
Dès le début de la maladie diabétique, il faut prendre tous les moyens pour bien équilibrer sa glycémie: si je ne fatigue pas mon rein, il fonctionnera plus longtemps. Une étude appelée D.C.C.T. (Diabetes Control Complications Trial) démontre quun bon équilibre du diabète permet de diviser par 2 le risque de néphropathie diabétique. Or on sait daprès des statistiques plus anciennes, que sur 100 diabétiques, environ 20 développeront une maladie des reins. Il est encourageant de penser que dici quelques années la proportion aura donc chuté à 10 sur 100. Donc, pour éviter (= prévenir) de passer du stade I (pas de maladie des reins) au stade II (un peu dalbumine dans les urines), il faut équilibrer sa glycémie.
Si malgré tout, on arrive au stade II, que faire?
On peut ainsi très nettement ralentir lévolution de la maladie et même revenir au stade I. Des médicaments peuvent être utilisés ici. Ce sont des médicaments que lon utilise pour traiter la haute pression et qui peuvent aussi diminuer la pression du sang dans les reins. Votre médecin vous conseillera lequel prendre.
Si malgré tout, les choses évoluent encore et que la haute pression fait son apparition, puis linsuffisance rénale, il faudra utiliser dautres méthodes.
Terminons sur une note optimiste: ce qui est vrai pour la néphropathie (maladie des reins) lest aussi pour la rétinopathie (maladie de la rétine de lil) et la neuropathie (maladie des nerfs). On dit depuis des années quil faut garder sa glycémie la plus proche de la normale et lon va continuer à le dire: cest la meilleure prévention des complications.
On peut y arriver aujourdhui plus facilement quautrefois: la diète est plus facile à suivre; les moyens de contrôle ont progressé; les pilules et linsuline sont plus efficaces; linsulinothérapie intensive (3 ou 4 injections par jour ou utilisation dune pompe à insuline) a montré sa supériorité par rapport au traitement « habituel » par 2 injections par jour.
Pour les patients traités par comprimés, lactivité physique (3 à 4 heures de marche par semaine ou léquivalent : bicyclette, natation ou exercices en piscine, etc...) leur permet, en plus de les maintenir « en forme », de diminuer leur glycémie et même le nombre de comprimés!
Source : Plein Soleil - Automne 94, Jean-Luc Ardilouze, M.D., directeur, Sylvie Cloutier, pharmacienne, Julie Dubé, diététiste et Brigitte Mercier, infirmière Unité denseignement et de traitement pour diabétiques, CHU Sherbrooke. Révisé en mars 2001.