
« Le diabète de type 1 résulte d'une destruction sélective des cellules bêta productrices d'insuline » Lorsque ces notions sont enseignées, elles engendrent parfois l'impression que le pancréas a été totalement détruit suite à cette maladie ou que cet organe sera désormais incapable d'accomplir d'autres tâches. Toutefois, le pancréas continue fidèlement à remplir ses fonctions plus obscures et moins bien connues. Un aperçu de ces rôles méconnus illustre la diversité des tâches accomplies par le pancréas ainsi que l'importance de leur maintien pour le bien-être de l'individu.
Le pancréas est une glande exocrine et endocrine. Exocrine puisqu'il sécrète ses produits de sécrétion dans une cavité naturelle communiquant avec le milieu extérieur (en l'occurrence le système digestif) et endocrine puisque d'autres produits de sa sécrétion (les hormones) sont déversés directement dans le sang. La portion endocrine du pancréas constitue environ 2 % du volume de la glande, la portion exocrine 80 % alors que le reste (environ 18 %) est constitué de vaisseaux, de nerfs et de canaux pour l'excrétion des produits sécrétés.
Le pancréas, glande endocrine, se situe dans les îlots de Langerhans, qui sont des regroupements de cellules dispersés dans le pancréas, dont le nombre est près du million chez l'adulte humain normal. Les îlots ne mesurent que 0,2 millimètre de diamètre et sont richement entourés de petits vaisseaux (ou capillaires qui déversent le sang soit directement dans le pancréas ou dans la circulation sanguine.
Les cellules A ou alpha (a), B ou bêta (b), D ou delta (d) et PP des îlots de Langerhans contiennent du glucagon, de l'insuline, de la somatostatine et le polypeptide pancréatique, respectivement. Les cellules sécrétant l'insuline sont situées plus au centre et sont entourées des autres types de cellules; ces cellules partagent des connexions étroites et le tout forme une unité fonctionnelle très complexe.
Le facteur hyperglycémiant, l'hormone glucagon, opposant l'effet de l'insuline, n'a été isolée qu'en 1955. Le glucagon stimule à la fois la sécrétion de l'insuline et celle de la somatostatine, mais ces effets sont plus marqués à des taux élevés de glycémie. Son rôle primordial est de maintenir la livraison constante et suffisante du carburant principal, le glucose. Les niveaux de glucagon augmentent en cas de jeûne ou durant ou après un exercice et sont très sensibles à des modifications modestes des taux circulants de glucose.
Le glucagon et l'insuline auront généralement des effets contraires, l'insuline favorisant l'accumulation de réserves d'énergie alors que le glucagon a comme tâche la libération de glucose. Leur interaction complexe dicte entre autres la production ou la relâche du glucose par le foie et l'accumulation ou la dégradation des graisses. L'insuline supprime très efficacement la sécrétion de glucagon.
La somatostatine est capable d'une variété d'actions dites inhibitrices, c'est-à-dire qu'elle empêche en partie ou en totalité l'action d'autres substances. On a démontré à ce jour que la somatostatine supprime la relâche d'hormones de la glande maîtresse (l'hypophyse), du pancréas et du système gastro-intestinal. De plus, la somatostatine diminue l'acidité gastrique et la contractilité des muscles lisses de l'intestin. Elle agirait également comme intermédiaire dans le système nerveux central.
Au niveau pancréatique, la somatostatine sécrétée par les cellules D empêche la sécrétion d'insuline, de glucagon et du polypeptide pancréatique par des mécanismes encore mal compris. Il est possible que l'action de la somatostatine s'effectue par des mécanismes d'action directe sur les cellules A et B avoisinantes, après relâche des cellules D.
Le polypeptide pancréatique est le produit d'un type distinct de cellules, dites PP. Ces cellules sont plus abondantes dans la tête du pancréas. La sécrétion du polypeptide pancréatique est augmentée après les repas mais ne semble pas étroitement reliée au métabolisme des glucides. Son rôle serait plutôt de contrôler certaines fonctions du système gastro-intestinal, telles la sécrétion exocrine du pancréas et la vidange de la vésicule biliaire.
L'unité fonctionnelle du pancréas, glande exocrine, est constituée d'un acinus et de son petit canal de drainage. L'acinus (du latin, signifiant petites baies en grappe, pluriel acini) est une masse composée de quelques cellules sécrétrices, autour de l'extrémité en cul-de-sac d'une glande.
Les cellules acinaires fabriquent, emmagasinent et sécrètent des enzymes digestives essentielles à la digestion et à la dégradation des substances ingérées. L'activation des cellules et des canaux de sécrétion se fait en réponse à des messages différents provenant des nerfs ou des produits provenant de la circulation sanguine.
Les sécrétions exocrines du pancréas sont principalement composées de substances inorganiques telles l'eau, le sodium, le potassium, le chlorure et le bicarbonate. Leur fonction est de faciliter la livraison des enzymes dans les intestins et d'aider à la neutralisation de l'acidité gastrique déversée dans la première partie du petit intestin. Le pancréas sécrète environ 2,5 litres de liquide par jour.
Les constituants organiques des sécrétions pancréatiques sont des enzymes variées qui se classifient selon leur effet : protéolytiques (dégradation des protéines), lipolytiques (dégradation des graisses), nucléases (dégradation des informations génétiques contenues dans les cellules) et autres, dont la plus réputée est l'amylase qui sert à la dégradation des glucides complexes.
Les enzymes pouvant potentiellement endommager le pancréas sont emmagasinées et sécrétées sous forme de produits précurseurs ou préliminaires encore inactifs qui seront modifiés et ainsi activés dans les intestins. La sécrétion d'enzymes pancréatiques se produit tant en période de jeûne qu'après l'ingestion d'un repas.
Le pancréas est donc un organe discret anatomiquement mais dont l'intégrité est essentielle pour le maintien du métabolisme du glucose dans l'ensemble du corps ainsi que pour la dégradation efficace des aliments ingérés afin qu'ils puissent être absorbés. L'atteinte pancréatique causée par le diabète dans ses formes les plus communes n'affecte pas tous ces aspects de la fonction du pancréas, heureusement
Source : Plein Soleil - Printemps 1999, Dr Céline Huot, MD, M.Sc., FRCP (C) Pédiatre endocrinologue, Hôpital Sainte-Justine. Révisé en février 2004.