
Par Gaston L'Heureux
Depuis l’âge de 12 ans, Ginette Reno chante. Elle a déjà à son actif 45 ans de métier. On ne calcule plus le nombre de disques qu’elle a enregistrés ni les spectacles qu’elle a donnés. Sans compter ses rôles au cinéma, à la télévision et les publicités dans lesquelles elle apparaît. Pour son public, qui lui est fidèle depuis des années, Ginette Reno incarne la force et l’énergie, une énergie qu’elle transmet par sa voix exceptionnelle et à laquelle personne ne peut demeurer insensible. Il fallait la voir lors de ses trois spectacles à l’amphithéâtre Bell. Pendant deux heures sans intermission, et trois jours d’affilée, elle a su soulever l’auditoire. L’émotion était à trancher au couteau. Ginette se donnait sans compter. Et c’est ainsi à chacune de ses apparitions sur scène.
Dans la vie, Ginette Reno, tout le monde le sait, a fait bien des manchettes. C’est une bombe d’émotions. Elle même l’a confié à plusieurs reprises après avoir fait un retour sur elle-même. Ginette a cherché bien des refuges pour se protéger, comme elle le dit avec ironie, de ses propres démons. Ce qu’elle chante, elle le vit ou l’a déjà vécu. Ginette Reno est une grande âme, avec toutes ses énergies, et toutes ses faiblesses.
Ginette est passée à travers d’une panoplie d’épreuves et, comme un arbre, elle en porte toutes les cicatrices. « J’ai toujours voulu contrôler les choses autour de moi, mais il vient un moment où la vie l’emporte. On a beau s’acharner à vouloir maintenir le cap, on dérive malgré soi. »
Après avoir affronté des problèmes de surdité, voilà qu’un jour, il y a de cela à peine deux ans, on lui apprenait qu’elle était diabétique. « J’ai braillé pendant toute une journée tellement le coup a été dur à encaisser. Mon endocrinologue m’avait fait passer toute une batterie de tests. Le résultat m’a assommée. J’avais une glycémie qui dépassait 21 mmol/L. Même si ça ne semble pas si grave que ça, ce fut pour moi une véritable catastrophe. J’ai pensé que j’étais condamnée, que je n’avais guère plus de temps devant moi. »
Émotive et spontanée, la réaction de Ginette était normale. « Quand on sait à quel point le diabète fait des ravages et touche de plus en plus de gens, il y a de quoi s’inquiéter. Et même si la science progresse en vue de contrer ce fléau, j’ai toujours l’impression que les résultats sont longs à venir. »
« Je suis devenue une obsédée du lecteur de glycémie. Je paniquais si je dépassais le taux normal de ma glycémie, j’en faisais des cauchemars. C’est à la lecture de documents traitants du sujet que j’ai fini par comprendre tous les mécanismes reliés à cette maladie. Les conseils de mon médecin et de mon pharmacien m’ont permis de comprendre l’importance d’une bonne médication. »
« J’ai appris un jour, lors d’une soirée familiale, que beaucoup de mes parents avaient été atteints du diabète. Certains en étaient morts et d’autres avaient subi de nombreux traumatismes (cécité, amputations, etc.) J’ignorais tout de mes antécédents familiaux, ce fut un autre choc. »
Ginette a encore aujourd’hui beaucoup de difficulté à accepter sa maladie. Mais, de nature de battante, elle considère que beaucoup d’autres personnes sont plus atteintes qu’elle. Elle a appris à dédramatiser la situation et à se prendre en main. Tout au long de notre entretien, nous avons parlé de l’importance de la recherche et nous croyons qu’un jour, cette maladie sera vaincue. Tous deux intéressés par tout ce qui s’écrit à ce sujet, nous savons que, chaque semaine, une nouvelle lueur d’espoir se dessine.
Ginette Reno n’aime pas particulièrement aborder le sujet. « Je suis prise avec le diabète, je n’ai pas le choix. Mais j’ai tellement d’autres projets en tête que le diabète va être obligé de me suivre! J’ai encore des défis à relever et c’est ce qui compte. » Dans quelques instants Ginette Reno retourne en salle de répétition et, le sourire aux lèvres, elle ajoute en guise de conclusion : « À deux, Gaston, on devrait aller encore plus loin parce que nous avons envie de vivre longtemps. »
Pour en savoir plus, visiter le site :
www.ginettereno.com
Source : Plein Soleil - Hiver 2003.