
Une des complications à long terme du diabète
est la neuropathie (atteinte des nerfs). Il y a 2 sortes de neuropathie : la
neuropathie du système nerveux autonome (exemples :
la gastroparésie, la rétention urinaire, limpuissance)
et la neuropathie diabétique périphérique, cest-à-dire latteinte des nerfs périphériques,
dont surtout ceux des membres inférieurs. Avec les
années, cette atteinte peut amener des douleurs chez
certaines personnes.
Plusieurs chercheurs ont démontré que la neuropathie diabétique périphérique peut atteindre jusquà 38 % des diabétiques de type 1 et 63 % des diabétiques de type 2 après 20 ans de diabète. Parmi ces personnes, 50 % auront des symptômes, dont des douleurs. Le seul traitement préventif efficace à ce jour est le contrôle de la glycémie.
Lorsque les douleurs sont trop intenses, quelles nuisent au sommeil ou quelles diminuent la qualité de vie de la personne atteinte, il faut envisager un traitement médicamenteux.
Les dernières recommandations de lAssociation canadienne du diabète et de Diabète Québec favorisent lutilisation de 4 classes de médicaments : les antidépresseurs tricycliques, les anticonvulsivants (carbamazépine et gabapentin), les antiarrythmiques (mexiletine) et en dernier recours, la capsaïcine.
Les antidépresseurs tricycliques constituent une classe de médicaments pouvant soulager la douleur. Ils agissent sur la sérotonine et sur la noradrénaline, deux substances présentes dans notre système nerveux qui sont impliquées dans le mécanisme de la douleur. Leur efficacité nest toutefois par reliée à leur effet sur lhumeur. Dailleurs, les doses requises et le délai daction sont différents de ceux nécessaires dans le traitement de la dépression.
Les effets indésirables peuvent être minimisés en utilisant la désipramine et la nortriptyline, deux antidépresseurs tricycliques connus pour en causer moins. Les antidépresseurs tricycliques ne doivent pas être administrés aux personnes souffrant de glaucome, dhypertrophie bénigne de la prostate, dépilepsie ou dinfarctus.
| Antidépresseurs tricycliques | Doses | Effets indésirables |
| Désipramine (NorpraminMD) | Dose de départ : 10-25 mg au coucher. Augmenter aux 5-7 jours |
Constipation, sécheresse de la bouche, tachycardie (le cur bat plus vite), |
| Nortriptyline (PertofraneMD) | Dose maximale : 300 mg/jour | gain de poids sédation. |
Les anticonvulsivants constituent une autre classe de médicaments ayant démontré une efficacité pour soulager les douleurs neurologiques. La carbamazépine agit en bloquant louverture des canaux sodiques et elle permet donc de supprimer linflux nerveux inutilement généré. Elle entraîne toutefois des effets indésirables. Ceux-ci satténuent avec le temps et sont reliés à la dose cest-à-dire quune faible dose entraîne peu deffets indésirables.
Le gabapentin est aussi un anticonvulsivant. Il semble soulager les douleurs en augmentant leffet du GABA, une substance présente dans le système nerveux qui inhibe linflux nerveux anormal. Son mécanisme daction entier nest toutefois pas complètement élucidé. Cest un médicament qui cause très peu deffet indésirable.
| Anticonvulsivants | Doses | Effets indésirables |
| Carbamazépine (TégrétolMD) | Dose de départ : 50-100 mg 2 fois par jour. Augmenter aux 3-7 jours. Dose maximale : 1600 mg/jour | Nausée, vomissement. Sédation, étourdissement (reliés à la dose) |
| Gabapentin (NeurontinMD) | Dose de départ : 100 mg 3 fois par jour. Augmenter aux 3 jours. Dose maximale : 3600 mg/jour | Sédation et étourdissement surtout au début du traitement. |
La mexiletine est un antiarrythmique de type anesthésique local. Il permet de diminuer les douleurs neurologiques en bloquant linflux nerveux. Il ne peut être administré à des personnes souffrant de certains troubles cardiaques.
Les effets indésirables sont reliés à la dose cest-à-dire quune petite dose causera peu deffets indésirables.
| Antiarrythmique | Doses | Effets indésirables |
| Mexiletine (MexitilMD) | Dose de départ : 100 mg 3 fois par jour avec les repas. Augmenter aux 3-7 jours. Dose maximale : 1200 mg/jour | Brûlure destomac, nausée, étourdissement, tremblements (surtout avec les doses de plus de 700 mg/jour) |
La capsaïcine est un médicament qui agit localement. Il sadministre en crème. Il agit en entraînant la libération de la substance P. La substance P favorise la douleur. Après quelques jours dadministration régulière de la crème, les cellules sont vidées de leur substance P ce qui atténue les douleurs.
Durant les premiers jours dapplication, la crème provoque des brûlements, des rougeurs et des picotements. Ces effets indésirables disparaîtront avec une application régulière. Il faut se laver les mains minutieusement après chaque application.
| Capsaïcine | Doses | Effets indésirables |
| (ZostrixMD) | Posologie : Application locale 4 fois par jour (laver les mains ensuite) | Rougeur, sensation de brûlure, picotement, toux |
| (AxsainMD) |
Tous ces médicaments ont démontré une efficacité supérieure au placebo dans le soulagement des douleurs de ce genre. Environ une personne sur deux sera soulagée par un médicament. Par contre, si une personne nest pas soulagée par un médicament, elle peut lêtre par un médicament dune autre classe. La clef du succès est de bien essayer chaque médicament.
Discutez avec votre médecin ou votre pharmacien :
Acceptez les différences entre les individus :
Les échecs sont souvent causés par une attente irréaliste des individus, des doses de départ des médicaments trop élevées et des augmentations de doses trop rapides.
Dautres médicaments ont été étudiés dans le soulagement des douleurs neurologiques chez la personne diabétique. Mentionnons à titre dexemples, la clonidine, la sertraline, la fluoxétine, la venlafaxine, lacide valproïque et la phénytoïne. Ils ne sont pas inclus dans cet article, la liste étant restreinte aux médicaments mentionnés par lAssociation canadienne du diabète dans ses dernières recommandations.
Il est important de garder à lesprit que le but du traitement est de soulager la personne, daméliorer son sommeil et sa qualité de vie. Les effets indésirables et les malaises provoqués par les traitements médicamenteux ne doivent jamais être plus dérangeants que les douleurs neuropathiques périphériques elles-mêmes.
Source : Plein Soleil Été 2000, Marie Hotte, pharmacienne, Centre de jour pour diabétiques, CHUQ Hôpital CHUL