
Un tonnerre d’applaudissements frénétiques salue son entrée sur scène. Les cris fusent de partout. C’est l’apothéose! Montréal attendait le King. Après s’être assis sur une chaise au centre de la scène, l’artiste de 77 ans prend le micro : « Bonsoir ! Je suis diabétique et j’ai des douleurs aux genoux, permettez-moi de m’asseoir pour le spectacle ». C’est vrai, il souffre, mais comme les artistes ont l’habitude de dire, the show must go on.
Dès ses premières notes, l’assistance est conquise. Sa musique est saisissante. Quel virtuose! Ses doigts caressent les cordes de sa guitare, surnommée Lucille, appliquant des accords qui expriment des sons aux vibrations uniques. Les spectateurs se laissent envahir par le rythme et s’y fondent. Mon regard se tourne vers l’assistance et constate que la magie du King opère toujours. C’est l’extase !
L’histoire de B. B. King prend racine dans la localité de Itta Bene, au Mississippi, plus précisément dans la région appelée le « Delta ». C’est là que vivait dans une humble chaumière un couple afro-américain, Albert et Nora Ella King, travailleurs de ferme. Le 16 septembre 1925, Nora Ella donnait naissance à un garçon, Riley B. King.
Les difficultés de la vie et les discordes allaient causer la séparation du couple. Nora Ella King, dépourvue, fut dans l’obligation de confier son fils, à peine âgé de quatre ans, à sa mère, Elnora Farr. Cette dernière allait indirectement influencer l’évolution musicale du jeune Riley.
Fervente croyante et pratiquante, Elnora Farr amenait son petit-fils assister aux célébrations à l’église de la ville de Kilmicheal. Or, le pasteur, le révérend Archie Fair, estimait que le chant contribuait à unir ses paroissiens et affectionnait la musique Gospel. De plus, le pasteur était bon guitariste. Le chant et la guitare impressionnaient le jeune Riley qui, en vieillissant, s’épanouissait au sein de la chorale. Ses vocalises étonnaient le groupe. Son enthousiasme fut remarqué par le sympathique pasteur qui décida de lui enseigner certains accords de guitare. Riley fut un élève docile et talentueux. Durant cette même période, sa mère, Nora Ella King, décédait alors qu’il n’avait pas encore neuf ans. Riley resta avec sa grand-mère.
C’est donc dès l’enfance, et par le Gospel, que se fit son initiation musicale. Peu après la fondation de son premier groupe, The Famous St-John’s Gospel Singers, Riley B. King, alors âgé de 17 ans, décida de jouer le samedi soir sur le trottoir d’une intersection achalandée de sa ville, Indianola.
L’adolescent était étonné de la générosité des gens lorsqu’il passait le chapeau après avoir joué du blues. Il avait compris ce que le public voulait. Les gens aimaient tellement le style du jeune homme qu’ils le surnommèrent le Blues Boy.
Le 11 novembre 1944, le Blues Boy épousait Martha Denton. Le mariage lui permettait d’éviter l’armée. Le couple divorça toutefois huit ans plus tard.
Lorsqu’il arriva à Memphis à l’été 1946 son cousin, un musicien de blues réputé, Bukka White, décida de lui enseigner les trucs du métier. Il lui appris comment tenir sa guitare pour rendre les accords propres au blues. Ce fut un moment déterminant dans la carrière de Riley B. King.
Riley B. King était prêt. Quelques cabarets, des spectacles, de la publicité et, finalement, une percée importante dans le domaine de la radio à titre de D.J. lui permirent d’établir sa notoriété. Vers 1948, il voulu un nom d’artiste. Il hésita entre Beale Street Blues Boy ou Blues Boy King, et choisit finalement le diminutif B.B. King.
En 1949, il signa un contrat d’enregistrement d’une durée de 10 ans avec Modern Records. En 1951, il enregistra son premier succès national, Three O’Clock Blues. La popularité de ce succès favorisa la première tournée nationale de B.B. King qui s’amorça en 1952. La tournée dura six mois.
Le 4 juin 1958, B.B. King convolait en secondes noces avec Sue Hall, sa cadette de 15 ans, rencontrée à Indianola. Pour la seconde fois, les tensions et l’éloignement causés par les tournées poussent le chanteur au divorce (1966). L’événement inspire-t-il B.B. King? Il enregistre son plus retentissant succès : The Thrill is Gone.
Jusqu’au début des années soixante, le blues était un art musical pratiquement réservé à la population noire. L’engouement d’une nouvelle génération blanche pour certains chanteurs noirs, tels que Little Richard, Fats Domino, James Brown et Chuck Berry, ouvrait les esprits. Les barrières raciales en matière de musique tombaient. Les blancs s’intéressaient au blues.
Ceci permit à B.B. King d’accroître sa popularité et, en 1969, d’être l’invité de Johnny Carson au Tonight Show. Puis, en 1971, la reconnaissance grandissante de son art lui permit d’apparaître à The Ed Sullivan Show. B.B. King était lancé vers la gloire.
Je dois vous faire un aveu : je désirais rencontrer ce grand chanteur depuis déjà quelques années. Je l’avais vu, pour la première fois, sur une chaîne américaine et il m’avait impressionné. Dire qu’en ce soir du 26 janvier, je suis assis à côté de ma Joanne, au centre de la salle Sir Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, et qu’il est là, à quelques rangées de moi.
Tout au cours du spectacle, B.B. King nous emporte dans la frénésie du blues. Il chante ses plus grands succès avec la vigueur de la jeunesse. Il blague autant avec ses musiciens qu’avec le public. Des moments inoubliables.
Les normes sécuritaires respectées, nous rencontrons B.B. King dans son autobus personnel. Comment ne pas remercier l’équipe entourant cette légende qui a été si gentille avec nous (en particulier Deborah et Ted Cameron). L’intérieur est aménagé comme un salon, une petite dînette, on peut y écouter de la musique, s’y détendre ou dormir. Quel luxe !
« Il y a une quinzaine d’années, une diète au jus de fruits (orange, ananas et banane) qui m’avait surchargé de sucre a tout déclenché. J’avais 62 ans. En voyant ma glycémie qui indiquait 33, mon médecin m’a dit que je devais me rendre immédiatement à l’hôpital. Je compris, à ce moment-là, tout le sérieux de mon état. »
« J’ai essayé de perdre du poids. »
« Je ne prends que des médicaments oraux. »
« J’essaie de faire des choix judicieux lorsque je fais mon épicerie. Je surveille attentivement les étiquettes. Je fais toujours attention au ratio du sucre. Je veille à minimiser sa consommation, de même que celle du sel. À titre d’exemple : je ne mange plus de chocolat. C’est relativement facile lorsque l’on comprend que notre survie en dépend. Remarquez que j’aime le steak et que j’ai une alimentation variée, consistante et satisfaisante. Les substituts de sucre me permettent de ne pas trop m’ennuyer d’un goût que j’ai tant aimé. »
« En regard de mon diabète, je me prépare toujours consciencieusement avant de me retrouver sur scène. Je mesure ma glycémie immédiatement après mon spectacle. Performer sur la scène me demande beaucoup d’énergie physique. Je fais les ajustements nécessaires selon le résultat de glycémie. »
« Un diabétique doit voir son médecin de manière régulière. Il faut qu’il fasse preuve de discipline et qu’il teste fréquemment sa glycémie. Il ne doit pas commettre d’excès. Un diabétique doit être vigilant. C’est une question de survie ! »
« Les femmes ! » nous dit-il en s’esclaffant.
« Le premier a été mon professeur qui est mort il y a deux ans. Monsieur Luther H. Henson a marqué ma vie en étant comme un père pour moi. Depuis ce temps, j’ai rencontré d’autres personnes qui m’ont impressionné profondément, dont le Pape Jean-Paul II.
Dans mon pays, le président est la première personne en importance. Moi je suis du Mississipi, un gamin de la campagne. Malgré cela, j’ai eu l’honneur de jouer pour quatre présidents (dont George Bush père et Bill Clinton). L’un d’eux a reçu en même temps que moi un diplôme honorifique de l’Université Yale. J’ai été très touché par cet honneur. »
« Je ne pense pas qu’il y ait réellement un secret. Nous avons quelque chose aux États-Unis qui s’appelle la Bible. Certains croient en Dieu et je suis de ceux-là. L’un des enseignements de cette Bible consiste à traiter les gens comme nous aimerions qu’ils nous traitent. C’est une façon pour moi de vivre ma vie. C’est si facile à faire ! »
« Comme on se rappelle d’un ami parce que B.B. King aime les gens ! »
Aimé, B.B. King l’est assurément de ses fans. Il ne rentre pas tout de suite à sa résidence de Las Vegas. Sa route se poursuit. Il a une tournée à terminer.
Dieu lui a donné des talents remarquables : la maîtrise de l’art musical et une voix exceptionnelle. Il continuera tant qu’il aimera jouer et chanter. Comme il le dit si bien : « Quand je chante, je joue de la guitare dans mon esprit. Dès que je cesse de chanter, je continue de chanter en jouant sur Lucille. » B.B. King a encore plein de gens à rendre heureux.
Au cours de mes vingt-huit ans de carrière, j’ai eu le plaisir d’interviewer de nombreuses personnalités. De B.B. King, je garderai le souvenir d’un homme profondément spirituel et respectueux de ses semblables. Un homme qui vit pour sa passion. Un être que la foi et une persévérance indomptable ont conduit au sommet !
Ses disques d’or et de platine font que ses pairs l’ont proclamé le « King » du blues. La liste de ses intronisations confirme cette proclamation.
1987 : Intronisation à la Blues Foundation Hall of Fame
1984 : Intronisation au Rock and Roll Hall of Fame
1995 : Intronisation au Performance Magazine Touring Hall of Fame
1999 : Intronisation au N.A.A.C.P. Image Awards Hall of Fame
Lors de la dernière remise des prix Grammy Awards, à New York, en février dernier, B.B. King a gagné deux nouveaux trophées, l’un pour sa version de la chanson Auld Lang Syne et l’autre pour son album A Christmas Celebration of Hope. Il a déjà été en nomination, depuis le début de sa carrière, 27 fois pour ces prix prestigieux et en a gagné 13. Tout un exploit !
Vous comprendrez que nous ne pouvons inscrire ici toutes les distinctions, diplômes ou reconnaissances dont la carrière du « King » a été sujet. On ne peut connaître une telle carrière sans être un grand homme. La noblesse, c’est d’abord une question d’être. Tout son sens prend sa force dans le comportement, l’expression verbale et le savoir-faire. Et, croyez-moi, B.B. King par sa noblesse porte bien son nom, car il est un grand homme.
Sweet Little Angel
Paying The Cost To Be The Boss
Got A Right To Love My Baby
Please Love Me
Things Are Not The Same
Let Me Love You
You Know I Love You
Woke Up This Morning
Sweet Up This Morning
Sweet Little Sixteen
The Thrill Is Gone
Source : Plein Soleil Printemps 2003, adapté en mars 2007.