
Essayez d’imaginer le travail d’un médecin en 1954 au moment de la naissance de Diabète Québec. Parmi ses patients, il y a des adultes et des enfants diabétiques. Les outils à sa disposition :
Le médecin fait des prises de sang régulières pour connaître le taux de sucre dans le sang et faire les ajustements requis.
L’insuline, découverte en 1921, fait des miracles. Et ils sont prodigieux ! Dans le monde entier, elle a sauvé des milliers de patients d’une mort certaine. Pour les adultes atteints de diabète de type 2, elle est le seul traitement après l’étape d’une diète stricte.
Mais l’insuline ne guérit pas la maladie.
Même avec plusieurs types d’insuline et la mise en marché des premiers agents hypoglycémiques oraux vers 1957 au Canada, le contrôle des glycémies demeure imprécis parce que les outils n’existent pas encore. Dans les années 50, la méthode utilisée consiste à laisser tomber un comprimé réactif dans une petite éprouvette contenant un mélange de quelques gouttes d’urine et d’eau. Selon la couleur du résultat – de bleu foncé à orange – la personne diabétique peut connaître la quantité de sucre dans l’urine. Bleu foncé = pas de sucre. Orange = présence élevée de sucre.
Tout en assurant des suivis auprès de leurs patients, les médecins se doutent bien qu’un meilleur contrôle des glycémies doit être atteint afin de retarder les complications. Des complications majeures qui ont un impact important sur la vie de leurs patients : cécité, atteintes des reins, gangrène, infarctus ou accidents vasculaires cérébraux.
L’insuline fait son travail. Les comprimés, d’abord reçus avec scepticisme, feront éventuellement leurs preuves. Mais comment atteindre un bon contrôle ? Et comment faire la démonstration qu’un bon contrôle des glycémies a un effet ?
Un pionnier dans le traitement du diabète, le médecin belge Jean Pirart, établit pour la première fois ce lien.
Entre 1947 et 1973, le Dr Pirart divise en trois groupes un nombre important de ses patients, plus de 4000. Ils sont classés selon leur degré de contrôle : excellent, moyen, mauvais. En utilisant les comprimés réactifs comme méthode de mesure, les résultats du Dr Jean Pirart démontrent clairement l’incidence et la prévalence des complications chez les patients dont le contrôle des glycémies est pauvre.
L’étude est publiée dans le journal Diabète et métabolisme et, à la demande des américains, elle est traduite en anglais et publiée dans le Diabetes Care.
Les années 70 et 80 sont un point tournant dans le traitement du diabète. Des innovations telles que les lecteurs de glycémie et les bandelettes mesurant le taux de sucre dans le sang donnent aux personnes diabétiques et aux médecins les outils maintenant devenus indispensables.
En 1976, des scientifiques américains découvrent que le sucre s’attache facilement aux globules rouges (l’hémoglobine) et permet de déterminer la qualité du contrôle des 2 à 4 derniers mois. Cette découverte ouvre la voie à la création d’un test : le dosage de l’hémoglobine glyquée.
L’arrivée d’outils de contrôle permet aux chercheurs de créer des études à grande échelle. Les résultats modifieront la façon de traiter le diabète en plus de confirmer, avec des méthodes scientifiques plus rigoureuses, ceux de Jean Pirart.
Deux études importantes, la Diabetes Control and Complications Trial (de 1983 à 1993) et la United Kingdom Prospective Diabetes Study (de 1977 à 1997) démontrent pour les deux types de diabète, que le maintien des glycémies à des valeurs près des normales retarde et ralentit l’apparition des complications chroniques liées au diabète.
L’insulinothérapie intensive – injections multiples d’insuline imitant le fonctionnement normal du pancréas – faisait son apparition dans le traitement du diabète de type 1 et devient maintenant une option thérapeutique de plus en plus répandue pour le diabète de type 2.
La vie des personnes diabétiques a considérablement changée en cinquante ans. Elles disposent d’outils précis et l’accès à l’information est plus facile que jamais. Pourtant, peu utilisent les techniques disponibles pour contrôler leur diabète. Les professionnels de la santé qui les traitent connaissent mieux la complexité de cette maladie. Et les traitements font leurs preuves.
En attendant la prochaine révolution médicale, Diabète Québec demande l’implantation d’une stratégie nationale de lutte au diabète. Une stratégie axée sur l’éducation, la prévention, le soutien et le traitement. Car les cinquante dernières années ont démontré clairement qu’une personne diabétique bien informée, bien entourée et bien traitée vit en meilleure santé plus longtemps.
Source :Diabète Québec – Avril 2005