
Le dictionnaire définit la lune de miel comme une
période de bonne entente entre des personnes quelles
quelles soient (souvent, entre des personnes au début
de leur relation). Lexpression lune de miel ou rémission
clinique est également utilisée en médecine
: elle sapplique à une période bien particulière
dans lévolution dun diabète de type
1, soit ce type de diabète où les cellules du
pancréas productrices dinsuline sont sélectivement
détruites et pour lequel un traitement avec insuline
est essentiel à la survie.
Après le diagnostic de diabète de type 1, une forte proportion denfants et dadultes présentent une période où les glycémies sont « presque parfaites », voire même basses, malgré des efforts soutenus à bien adhérer au traitement recommandé. Les besoins en insuline sont alors moindres et les doses dinsuline sont ajustées de façon appropriée à la baisse. Cette période génère alors des questions bien légitimes : Est-ce que le diagnostic de diabète était erroné? Est-ce que le diabète est guéri? Est-ce que des traitements alternatifs ont résolu le problème?
La fréquence de la rémission clinique dans le diabète de type 1 varie beaucoup puisque sa définition pratique nest pas la même selon les études. La lune de miel se définit tantôt par :
Ces études seraient moins critiquées si la définition clinique de la lune de miel se basait également sur dautres paramètres tels une valeur normale de lhémoglobine glyquée (témoignant dun bon contrôle du diabète) et sur la preuve dune sécrétion préservée dinsuline. Ce dernier critère requiert toutefois des tests qui ne sont pas effectués ou disponibles pour tous les individus. La fréquence de la rémission clinique est donc estimée de 15 à 40 % (Royaume Uni) à 59 à 70 % (États-Unis). Nos données locales pour notre population pédiatrique sont de lordre de 75 %.
La survenue de la lune de miel peut se produire peu de temps après le diagnostic : sa durée moyenne est denviron 6 à 9 mois mais elle peut se prolonger jusquà deux ans après le diagnostic. Elle est dautant plus probable si latteinte initiale des cellules sécrétrices dinsuline est plus modeste (absence dacidocétose diabétique lors du diagnostic).
La rémission clinique amène des répercussions favorables dans le traitement du diabète de type 1. Les doses dinsuline seront diminuées significativement. Chez le jeune enfant, certaines insulines à action rapide ou ultra-rapide seront parfois retirées temporairement du traitement puisquelles entraînent des baisses trop subites et trop fréquentes de la glycémie pendant cette phase. Cependant, le retrait complet de linsuline administrée par voie sous-cutanée est rarissime et cette pratique est peu encouragée.
Les motifs qui sous-tendent la poursuite du traitement à linsuline sont dordre scientifique (protection de la fonction résiduelle des cellules sécrétrices dinsuline) et psychologique (la reprise dun traitement à linsuline étant souvent très difficile). Par ailleurs, les résultats des glycémies seront très satisfaisants et le risque de débalancement du diabète (hyperglycémie et acidocétose) est diminué. Pendant la lune de miel, les rigueurs du traitement et les tensions quil génère au sein de la famille sont moins perceptibles.
La rémission clinique na pas que de bons effets. Elle entraîne parfois de mauvaises habitudes ou des écarts au traitement. La non-adhérence à une alimentation saine et équilibrée est fréquente puisque la hausse des glycémies est plus modeste. Une autre conséquence est lomission volontaire de doses dinsuline chez les adolescents ou chez les adultes atteints. Enfin, la surveillance des glycémies (« toujours belles ») peut laisser à désirer. Les désagréments des hypoglycémies pourront être évités par la prompte diminution des doses dinsuline.
Lorsque la lune de miel se termine, les glycémies augmentent et les doses dinsuline doivent être ajustées à la hausse. Cette période provoque plusieurs réactions. Dabord, les résultats des glycémies suscitent un questionnement vis-à-vis des différentes composantes du traitement (dont les dose dinsuline, lalimentation, lactivité physique et sur le niveau de stress). La hausse des glycémies peut également être source de tensions entre les parents et leur enfant (As-tu triché ?) et chez certains causer un état de tristesse ou un état de révolte (Je suis donc vraiment diabétique...)
La meilleure stratégie de prévention des effets ou réactions néfastes engendrées par la rémission clinique demeure linformation préalable concernant cette étape par le centre denseignement en diabète ainsi que lintégration de ses impacts courants et futurs lors des visites médicales.
Lorsque les signes et symptômes du diabète se manifestent, la majorité (80-90 %) des cellules sécrétant de linsuline ont été détruites. La fonction des cellules résiduelles diminue progressivement par la suite puisque le processus de destruction sélective de ces cellules par des mécanismes de défense inappropriés (ou immunologiques) se poursuit. La rémission clinique ne constitue donc pas en une guérison de la maladie mais une période temporaire daccalmie. La guérison dépendrait plutôt de la régénération des cellules pour laquelle aucune thérapie nest disponible pour le moment.
Lintérêt scientifique dans la rémission clinique repose sur le fait quelle représente une période de récupération partielle de la sécrétion des cellules ß (bêta) productrices dinsuline. Afin de prolonger cette phase, des interventions pharmacologiques ou des traitements modifiant certains mécanismes de défense (immunomodulation) ont été proposés. Par exemple, il a été suggéré que lors de lhospitalisation des enfants au diagnostic (et à intervalles réguliers par la suite) on procède à un traitement intraveineux dinsuline plus intensif et que ceci mène à une rémission plus longue. Cette suggestion est étroitement liée à lhypothèse que linsuline administrée avant le diagnostic chez des individus à risque puisse retarder ou prévenir un diabète de type 1.
Cette théorie est présentement mise à lépreuve dans de grandes études de prévention du diabète de type 1 en Amérique du Nord et en Europe. Dautres approches visant à modifier les mécanismes de défense (ou immunologiques) devront démontrer que les bénéfices du traitement ne sont pas contrecarrés par des effets secondaires néfastes (plus particulièrement latteinte dorganes vitaux et lapparition de tumeurs).
En résumé, la lune de miel souvent observée dans le diabète de type 1 est une période transitoire de sécrétion dinsuline par les cellules résiduelles du pancréas. Elle ne représente pas une guérison de la condition. Toutefois, comme pour la lune de miel traditionnelle, il est recommandé de lapprécier à sa juste valeur tant quelle persiste...
Source : Plein Soleil Été 2000, Céline Huot, M.D., M.Sc. Pédiatre endocrinologue, Hôpital Sainte-Justine. Révisé en février 2004.