
Le 15 mars 2002, lémission dinformation J.E. du réseau de télévision TVA diffusait un reportage sur la pompe à insuline. Trois personnes possédant une telle pompe avaient été interviewées à cette occasion. Toutes affirmaient que cet appareil avait amélioré leur contrôle du diabète. Le seul hic est le coût élevé de cette technologie. On estime quil en coûte environ 3 000 $ par année en amortissement de lappareil et en fournitures diverses (cathéters, tubulures, piles, etc.). À moins davoir un plan dassurance privé qui couvre sans limite la pompe, beaucoup de gens ne peuvent pas se permettre une telle technologie.
LAssociation Diabète Québec croit quil est plus que temps que le ministère de la Santé et des Services sociaux introduise un programme pour aider les gens à avoir accès à cette technologie lorsquil est prouvé que les autres approches ne suffisent pas à obtenir un contrôle optimum de leur diabète. Cette idée a été défendue à J.E. par Monsieur Serge Langlois, président directeur général de lADQ.
Actuellement, au Canada il y a de plus en plus dintérêt pour cette technologie, sauf au Québec. On croit que cette différence est due à deux raisons principales : le peu de médecins spécialistes qui considèrent cette technologie comme étant utile et les aspects financiers.
Il y a un an, une jeune femme, Sophie Vallée, avait lancé un cri, repris par le Journal de Montréal, pour obtenir du gouvernement québécois une pompe qui serait couverte par lassurance médicaments. Elle narrivait pas, malgré tous ses efforts à normaliser ses glycémies. La fluctuation était si grande quelle se retrouvait, suite à des comas hypoglycémiques, plusieurs fois par mois à lhôpital. Selon sa mère, elle avait complètement perdu son goût de vivre; elle avait abandonné ses études et avait des idées suicidaires.
À la suite du reportage, une compagnie de pompe à insuline lui a offert un appareil. Une première étape était franchie pour elle, mais pour les centaines dautres personnes prises avec des problèmes similaires, rien nétait réglé. Il y avait bien des fondations qui avaient offert des pompes à des enfants à qui on avait prescrit une pompe, mais il demeure que le nombre reste faible. On estime quentre 50 et 100 personnes au Québec ont une pompe, soit entre 0,1 et 0,3 % de la population diabétique de type 1.
En France, cest 2 % de la population diabétique de type 1 qui est sur pompe. Depuis novembre 2000, la pompe et les fournitures sont couvertes par la Sécurité sociale, le régime correspondant à notre assurance médicaments. Tout le monde na pas accès à la pompe, plusieurs critères doivent être respectés pour y avoir droit. Le traitement sadresse aux type 1 et type 2 ne pouvant être équilibrés par une insulinothérapie par multi-injections sous-cutanées dinsuline.
Pendant quelques mois, la pompe est fournie en location. Lorsque le médecin diabétologue est assuré que ce traitement convient, il peut alors prescrire son achat. Le patient est suivi aux trois mois. Il doit faire quatre glycémies et faire une acétonurie par jour et montrer ses résultats à son médecin. Un bilan complet est fait en milieu hospitalier, une fois par année.
Si on constate que le traitement naméliore pas le contrôle du diabète, la pompe peut être retirée. À moins de payer lui-même la pompe et les fournitures, il doit retourner sur son ancien traitement.
Malgré un système tout de même contraignant, lAssociation française du diabète estime que dici quelques années 15 000 personnes pourraient utiliser la pompe soit entre 5 et 10 % des diabétiques de type 1 en France.
De façon très conservatrice, nous estimons à 5 % le pourcentage des personnes de type 1 au Québec qui pourraient avoir accès à un régime semblable. Il est certain que cela prendrait plusieurs années avant datteindre ce nombre, car des centres spécialisés en pompe devraient faire de lenseignement auprès des futurs candidats et assurer le suivi durant le traitement. Le coût estimé atteindrait quelque 8 millions de dollars, une fois le régime bien en place.
Le montant semble important, cependant il faut comparer le coût à la difficulté de contrôler certains diabètes. Dans le cas de Sophie Vallée, deux seules hospitalisations pour hypoglycémies graves équivalent au coût annuel de la pompe et des fournitures. Quand on se rappelle quelle se retrouvait plusieurs fois par mois à lhôpital, on voit tout de suite léconomie.
Mais il ny a pas que cela. Serge Langlois lexprimait bien dans le reportage de J.E. : « Une personne qui a un meilleur contrôle sur son diabète, grâce à cette technologie, sera une personne qui pourra étudier, travailler, avoir une vie active dans notre société et éventuellement payer des taxes. Ce nest donc pas un don, mais bien un investissement pour lavenir. »
Suite à lémission, la porte-parole du Ministère de la Santé, Madame Louise Montreuil, directrice adjointe à la santé à la population, invitait des représentants de lassociation à lui exposer leurs revendications.
Lors de la rencontre à la fin mars, les grandes lignes dune couverture de la pompe à insuline par lassurance médicaments sont exposées. Il est demandé que la pompe soit fournie seulement si la personne diabétique répond à des critères bien spécifiques. Un peu comme dans lapproche française, il faut démontrer que tous les autres moyens nont pu résulter en un bon contrôle des glycémies. Il est donc nécessaire quun spécialiste, un endocrinologue si possible, ait suivi cette personne pendant une certaine période de temps et est en mesure dévaluer la réussite ou non dune nouvelle thérapie. Un formulaire, élaboré après consultation auprès dune équipe dexperts en pompes à insuline, est envoyé au Ministère pour approbation de la thérapie par pompe. Il sagit, en fait, de la même procédure adoptée pour les médicaments dits dexception qui ne sont donnés quaux personnes répondant aux critères de la Régie dassurance maladie du Québec (RAMQ).
Léquipe de Madame Montreuil a été très évasive dans sa réponse lors de la rencontre. Elle a, entre autres, mentionné que le Ministère voulait mettre en place une politique globale en matière dappareils et de fournitures pour lensemble des problèmes de santé. En dautres termes, les pompes ne pourront être acceptées quune fois les besoins des autres problèmes de santé réglés. On devra ainsi autant estimer les besoins en terme de chaises roulantes, dappareils de dialyse à domicile, doxygénothérapie, etc.
Pour les représentants de lassociation, il sagit de la meilleure façon de mettre un tel projet sur les tablettes. Quand léquipe de J.E. nous a demandé comment évoluait le dossier, nous avons dû leur dire quil ny avait aucun espoir à court terme de voir se résoudre la question. Pour J.E., il sagit donc toujours dun dossier à suivre.
De son côté, Sophie Vallée et ses parents ont décidé de poursuivre la bataille. Il existe un programme à la RAMQ qui permet de fournir des soins, des médicaments et des appareils non couverts à des personnes qui en ont besoin absolument pour survivre. On les appelle des patients dexception. Un formulaire doit être envoyé à la Régie. Celle-ci doit statuer sur la validité de la demande. Deux demandes ont été faites pour Sophie Vallée; dans les deux cas, elle a subi un refus. Elle ne veut pas lâcher et considère daller en appel de la décision. LAssociation appuie sa démarche.
Source : Diabète Québec – Mai 2002.