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Émission Enjeux

Enjeux colporte des préjugés et cause un préjudice aux personnes atteintes de diabète

L’émission de télévision Enjeux diffusée sur les ondes de la Société Radio-Canada le mardi 15 janvier 2002 et en reprise à RDI, a semé un émoi et occasionné un véritable raz-de-marée au sein de la population du Québec avec un reportage sur le diabète et son impact psychologique sur les personnes atteintes et sur leurs proches.

Ce document, empreint d’un sensationnalisme consternant, laisse croire que les personnes atteintes de diabète sont colériques, causent mille tourments à leurs proches, ont des réactions intempestives incontrôlables et inexplicables et qu’ils nécessitent des soins constants 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Si l’on en croit cette émission (il ne saurait être question de reportage dans ce cas), une personne atteinte de diabète se retrouve à l’hôpital à chaque épisode d’hypoglycémie et est une source incessante de préoccupation pour son entourage qui doit la surveiller et la retrouver régulièrement inconsciente en raison d’un coma causé par un manque de sucre dans le sang (hypoglycémie). Et pour renforcer les perceptions farfelues et dangereuses à plusieurs égards, on a truffé la chose d’interventions triées sur le volet d’un psychologue de l’Hôtel-Dieu, Monsieur Charles Tourigny, qui se retrouve dans l’embarrassante situation de sembler confirmer ces prétentions fantaisistes.

Nous croyons que la population du Québec a droit à une information juste, de qualité et qui soit un véritable reflet de la réalité du diabète en 2002. Nous tenons de plus à rappeler que les professionnels de la santé qui oeuvrent auprès des personnes atteintes de diabète sont et doivent continuer à être les sources de référence en matière de symptômes, de diagnostic, de traitement, d’éducation et de suivi des personnes atteintes. Nous savons que la famille a aussi un rôle primordial de soutien de la personne diabétique, particulièrement dans le cas d’enfants touchés par ce problème de santé. Rappelons toutefois que les parents doivent eux aussi être guidés dans cette démarche d’accompagnement d’enfants diabétiques afin d’éviter que l’amour qu’ils portent à leur progéniture ne finisse par faire plus de mal que de bien.

Nous sommes aussi d’avis que cette émission a causé un préjudice considérable à toutes les personnes diabétiques, qu’elle a déformé la réalité au point de favoriser la discrimination envers ces dernières et les ramener à une perception collective de tarés et de parias de la société.

L’impact d’une telle émission est grave et la conséquence de ses retombées est majeure. Un pareil étiquetage des personnes atteintes de diabète est d’une telle gravité qu’elle exige de la Société Radio-Canada et surtout, des responsables d’un tel ravage, de rendre des comptes.

La discrimination causée par un tel document télévisuel ne doit point être banalisée. Son impact est considérable. Les téléphones des centres hospitaliers qui ont des centres d'enseignement en diabète, des associations régionales de diabète et de l’Association Diabète Québec ont été littéralement pris d’assaut à la suite de la diffusion de cette émission. Les médecins spécialistes du diabète, les endocrinologues, ainsi que les équipes d’éducateurs sur le diabète, soit notamment des infirmières, des diététistes, des psychologues et des pharmaciens, se sont soudainement retrouvés devant un soulèvement des parents d’enfants atteints de diabète qui avaient l’impression d’avoir été trompés. Ils croyaient tout à coup que ces derniers leur avaient caché la vérité et que la réalité, affolante à souhait, venait de leur être dévoilée. Pourtant, tout ce que l’on avait enseigné dans ces centres était vrai, scientifiquement documenté et constituait une référence sûre pour le traitement de leurs enfants, même si Enjeux prétendait autre chose.

Le père d'un fils diabétique nous a dit qu'Enjeux avait donné l'impression que de vivre avec une personne diabétique était vivre l'enfer, alors qu'au contraire, toute sa famille a fait en sorte de permettre à ce jeune homme de profiter d’une vie des plus saines et des plus normales. Plusieurs autres personnes nous ont dit être complètement déprimées à la suite de cette émission.

Force est de constater, lorsque l’on considère ce genre de document télévisuel, que l’on oublie que chaque jour, les personnes diabétiques travaillent au sein de la collectivité québécoise. Et maintenant, les parents vont-ils demander aux commissions scolaires de ne pas engager de professeurs diabétiques? Un entraîneur sportif qui est colérique avec les enfants sera-t-il soupçonné d’être diabétique? Les employeurs auront-ils des appréhensions face à leurs employés qu’ils savent diabétiques? Les parents d’adolescents au tempérament bouillant et facilement irritable, vont-ils craindre que leur enfant soit en voie de devenir diabétique? Voilà pourtant quelques exemples d’interrogations qui ont été faites suite à cette diffusion. D’ailleurs, si nous comprenons bien les propos d’Enjeux, nos politiciens seraient tous atteints de diabète. Nous n’avons qu’à syntoniser une autre station de télévision, soit celle qui diffuse les débats de l’Assemblée Nationale, pour le constater. Ils s’enflamment en une fraction de seconde et se pourfendent de manière intempestive pendant des heures. Tous des diabétiques, c’est certain! Et que dire du prochain cas de rage au volant : un diabétique en manque de sucre sans doute…

Il importe de rétablir les faits et diffuser la réalité en matière de diabète.

Il est totalement faux de dire que les personnes atteintes de diabète sont particulièrement colériques. On peut facilement affirmer le contraire. Il est exceptionnel qu'une réaction hypoglycémique se traduise par de la colère. Dans la plupart des cas, les symptômes sont les suivants : peau moite ou sueurs froides, baisse de la concentration, palpitations, sensation de faiblesse et quelques fois des troubles de vision. La plupart des personnes diabétiques ou leur entourage corrigeront cette hypoglycémie par un apport rapide de sucre.

Le Service d'enseignement Diabétaide de l'Association Diabète Québec et les différents centres d'enseignement dans les hôpitaux et les CLSC travaillent depuis plus de 20 ans à fournir de l'information juste et sérieuse aux personnes atteintes, mais offrent en plus aux conjoints et aux parents de participer à ces cours. Ainsi les gens ont une meilleure compréhension de ce qu'est le diabète et de comment le contrôler.

Des recherches rapportées par des revues prestigieuses comme Diabetes Care et Diabetes de l’Association américaine du diabète ainsi que le British Journal of Medicine montrent à quel point l'apprentissage des connaissances et l'apport d'aide psychologique peuvent être la clé à une meilleure acceptation de la vie. Nous souhaitons donc que les personnes interviewées dans cette émission se tournent vers les ressources qui se trouvent dans leurs milieux, afin qu'elles puissent espérer une vie meilleure.

De plus, il est particulièrement regrettable que l'on ait mis sur le dos du diabète toutes les colères de Monsieur Jean Duceppe. Le diabète y a peut-être parfois contribué, mais de là à accuser la maladie d’être totalement responsable de ces réactions impétueuses, il y a une nuance énorme à apporter.

Malheureusement, la population en général ne sait pas à quel point le diabète est une maladie grave qui a des conséquences tragiques sur la santé si l'on ne contrôle pas bien la maladie. Et c'est ainsi que les préjugés naissent.

Lorsque la journaliste Sophie Gagnon et le réalisateur Jean-Claude Le Floch ont approché l'Association Diabète Québec pour faire un reportage sur l'impact du diabète sur la famille, le directeur des communications de l'Association Diabète Québec leur avait demandé de traiter le sujet avec doigté et d'éviter le sensationnalisme. On lui avait assuré que l'éthique journalistique serait une priorité. C'est malheureusement tout le contraire que nous avons pu voir. Pire, l'animateur de l'émission, Alain Gravel, a présenté la chose dans les locaux de l'Unité de jour du CHUM-Hôtel-Dieu, sans que les membres de l'équipe aient pu préalablement voir le contenu. Pensez une seconde à leur déception. Quand on sait à quel point ces équipes sont toutes dévouées à aider les personnes qui viennent de recevoir l'annonce bouleversante du diagnostic de diabète, il est malheureux qu'on hypothèque ainsi ces efforts. Nous sommes déçus de constater que l’on ait choisi de s'attaquer à 500 000 Québécoises et Québécois qui partagent un même problème de santé. Il n'y a pas beaucoup d'exemples où les préjugés ont autant été utilisés dans une émission dite d'information.

Nous réitérons donc notre demande qu'un correctif soit apporté dans les plus brefs délais.

Serge Langlois, président-directeur général de l'Association Diabète Québec
Dr Céline Huot, pédiatre et présidente du Conseil professionnel de l'Association Diabète Québec
Raymond Bouchard, porte-parole de l'Association Diabète Québec
Gaston L’Heureux, porte-parole de l'Association Diabète Québec
Dr Jean-Hugues Brossard, président de l'Association des médecins endocrinologues du Québec

Copies conformes :

M. Renaud Gilbert, ombudsman, Société Radio-Canada
Mme Michèle Fortin, vice-présidente, programmation, Société Radio-Canada
M. Jean-Claude Le Floch, réalisateur, Enjeux

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