
Une mère japonaise de 56 ans a donné la moitié de son pancréas pour sauver la vie de sa fille diabétique de 27 ans.
Cette dernière attendait, depuis septembre 2004, le pancréas d’un donneur. Elle souffrait d’un diabète complètement incontrôlé et faisait des hypoglycémies sévères potentiellement dangereuses pour sa vie. C’était donc une candidate idéale pour la greffe d’îlots telle que développée par l’équipe du Dr James Shapiro de l’Université d’Alberta.
Depuis un certain temps, le Dr Shapiro et son équipe avaient enseigné la technique à une équipe japonaise de l’hôpital universitaire de Kyoto, sous la direction du Dr Koichi Tanaka. L’équipe avait donc appris à prélever sur des pancréas de donneurs décédés les fameux îlots pour les injecter dans le foie du receveur.
Malheureusement, les donneurs se faisaient rares et la santé de la jeune femme diabétique se dégradait rapidement. Le Dr Shapiro avait parlé à l’équipe japonaise de la possibilité de faire des dons à partir de personnes vivantes, comme il l’avait déjà expérimenté précédemment avec des dons de foie. Selon le Dr Shapiro, même s’il existait certains risques pour le donneur, il était possible de minimiser cet aspect. Au Japon, les dons d’organes de personnes décédées sont relativement rares, alors que les dons de reins et de foies de donneurs vivants se révèlent assez communs.
Le Dr Tanaka avait donc parlé à la mère de cette possibilité. Une fois les tests de compatibilité entre la mère et la fille passés avec succès, l’équipe chirurgicale s’était mise à l’œuvre. Le 19 janvier 2005, la jeune femme recevait les îlots extraits du pancréas de sa mère.
À la suite de la transplantation, la jeune femme avait retrouvé un bon contrôle de ses glycémies. Il est cependant trop tôt pour connaître l’évolution de cette greffe originale. Même si l’on avait déjà fait la transplantation d’une partie de pancréas d’un donneur vivant, c’était la première fois qu’on en extrayait les îlots.
Dans presque tous les cas, jusqu’à présent, il a fallu entre deux et quatre pancréas pour avoir la possibilité de se libérer complètement des injections et, même dans ces cas, une proportion importante de receveurs devait de nouveau s’injecter de l’insuline après un an ou plus parce que les îlots ne survivaient pas.
Plusieurs chercheurs estimaient les médicaments antirejet que les receveurs devaient prendre sont en partie responsables du problème. L’équipe du Dr Shapiro le savait très bien. Le cocktail de médicaments qu’ils donnaient avait déjà permis une survie jusque-là inconnue avec les autres médicaments. C’est pour cette raison que l’équipe continuait à chercher les médicaments qui protégeraient au maximum les îlots.
Bonne nouvelle : une équipe de l’Université du Minnesota à Minneapolis, sous la direction du Dr Bernhard Hering, a fait de la transplantation d’îlots, en 2003, en se servant d’un mélange différent de médicaments antirejet,
L’expérience a été menée sur huit femmes. L’équipe administrait d’abord un premier cocktail de médicaments aux patientes pour induire l’immunosupression. Après la transplantation, on donnait un second cocktail, moins puissant, afin de maintenir les cellules en vie. Dans leur cas, on n’utilisait qu’un seul pancréas. Après un an, cinq patientes sur huit n’ont toujours pas besoin d’injections d’insuline.
Source : Plein Soleil - Printemps 2005. Marc Aras, directeur des communications de Diabète Québec. Mise à jour : mai 2009.