
Nous savons depuis longtemps que les personnes diabétiques sont tout particulièrement susceptibles de faire de la dépression. On estime que deux fois plus de personnes diabétiques feront une dépression que les personnes non atteintes. Mais est-ce aussi vrai pour les femmes qui font un diabète de grossesse ou pour celles qui étaient diabétiques au moment de concevoir un enfant ?
Une étude faite au New Jersey et parue dans la revue Journal of the American Medical Association1 démontre que ce phénomène est aussi vrai pour ce groupe de personnes. Sur plus de 11 000 dossiers médicaux de l’État du New Jersey, on a démontré une aussi grande différence, soit deux fois plus de risque, entre les deux populations. Dans ce cas, 15,2 % des mères diabétiques ou qui faisaient un diabète gestationnel avaient eu un diagnostic de dépression par rapport à 8,5 % des femmes non diabétiques.
Parmi celles qui n’avaient pas fait de dépression durant la grossesse, on comptait une plus grande tendance à faire de la dépression post-partum. Bernard Harlow, le chercheur principal, estime que ces données sous-estiment certainement la réalité, car il ne s’agit que des cas déclarés.
Peut-on expliquer ces résultats ? Il y a sans doute plusieurs raisons. Durant la grossesse et après l’accouchement, le système hormonal change et a un impact indirect sur l’humeur. C’est vrai pour tout le monde, mais le phénomène serait fortement exagéré chez la personne diabétique qui contrôle plus difficilement sa glycémie.
Mais ce n’est certainement pas la seule raison. Il faut penser aussi à l’impact de la maladie sur l’humeur. Comme le diabète demande de la part des futures mères un surcroît d’attention, il se pourrait que le stress entraîne un accroissement des soucis et des préoccupations durant et après la grossesse. Les chercheurs conseillent donc aux médecins de porter une attention toute particulière à leur santé mentale afin de pouvoir soutenir plus rapidement et efficacement les mères diabétiques.
1 - Parue le 25 février 2009.
Le dépistage du diabète a toujours été un sujet controversé. Normalement, si l’on fait du dépistage auprès de toutes les tranches d’âge d’une population entière, le nombre de personnes diagnostiquées sera faible et les coûts d’un tel dépistage, élevés.
Un dépistage plus ciblé semble être plus acceptable auprès des réseaux de santé dans divers pays. Les lignes directrices canadiennes sont très claires à ce sujet : toute personne de 40 ans et plus ne présentant aucun facteur de risque devrait être testé tous les trois ans.
Mais, dans les faits, sommes-nous en mesure de dire que ces lignes suffisent pour atteindre la cible et réduire le nombre d’individus non diagnostiqués? Pour l’instant, nous en sommes très loin, car rien n’oblige les personnes à subir les tests requis; il n’y a aucune campagne de promotion comme c’est le cas pour le cancer du sein. Au Québec, un nombre élevé de personnes n’a même pas de médecin.
Des chercheurs de l’Université Emory aux États-Unis, sous la direction du Dr Ranee Chatterjee, ont tenté d’estimer les coûts d’un tel dépistage et ceux associés à la prise en charge du diabète. Les résultats ont été présentés en juin 2009 au congrès de l’Association américaine du diabète.
L’équipe a enrôlé 1 259 adultes qui n’avaient jamais eu un diagnostic de diabète. Ils ont passé quatre différents tests incluant des tests aléatoires, à jeun et avec surcharge de glucose. Près du quart des personnes faisaient du diabète ou étaient en phase de prédiabète.
On a proposé à ceux qui étaient prédiabétiques un programme de changement des habitudes de vie, principalement l’alimentation et l’activité physique, y compris des rencontres avec des diététistes et de kinésiologues.
Pour ceux qui étaient diabétiques, on ajoutait au programme de changement des habitudes de vie une médication dans la plupart des cas.
En calculant sur trois ans les coûts associés au dépistage et au suivi par rapport à ce que coûtent le traitement des gens qui n’auraient pas été diagnostiqués, on arrive à de véritables économies : entre 180 000 et 186 000 $ pour les uns, 206 000 $ pour les autres.
La plus importante étude faite auprès des personnes diabétiques de type 1 a été réalisée aux États-Unis entre 1983 et 1993. L’étude s’appelait DCCT : étude du contrôle du diabète et de ses complications. À cette époque, on avait divisé les personnes en deux groupes : l’un recevait deux injections d’insuline par jour et l’autre trois et plus. À la fin de la période de test, les chercheurs ont constaté un plus faible taux de complications dues au diabète. De façon particulièrement importante pour les reins, les yeux et le système cardiovasculaire. Les chercheurs ont donc démontré qu’un contrôle plus agressif des glycémies se traduisait par une meilleure santé chez les personnes diabétiques. Le contrôle des glycémies par approche intensive, que ce soit par des injections multiples ou au moyen d’une pompe à insuline, est donc devenu la voie privilégiée par les médecins depuis cette époque.
On a pu constater dans les faits cette amélioration au Canada. Le nombre de personnes diabétiques de type 1 en dialyse rénale a diminué au Canada durant les 15 dernières années alors que le choix d’insulines, le traitement agressif et l’autocontrôle prenaient vraiment leur envol.
Les chercheurs ont tenté de voir si, à long terme, cette tendance se maintenait. À la fin de 2005, un article paru dans le New England Journal of Medicine confirmait la bonne nouvelle. Dans cette étude intitulée EDIC, 90% des participants à l’étude DCCT ont été suivis pendant une dizaine d’années supplémentaires. En comparant le groupe de personnes qui suivaient le traitement intensif à ceux qui bénéficiaient du traitement conventionnel, on constatait qu’il y avait 42 % moins d’événements de maladies cardiovasculaires dans le premier groupe et une baisse de 57 % des crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux.
En juillet dernier paraissait dans Archives of Internal Medicine une étude reprenant, entre autres, le groupe suivi du DCCT, plus un groupe témoin sous traitement conventionnel de Pittsburg. Après 30 ans de suivi, on pouvait encore constater une meilleure santé chez les gens qui avaient suivi le traitement intensif. Selon le Dr David Nathan et ses collaborateurs, les complications sont encore réduites d’au moins 50 %. La rétinopathie est passée de 50 % à 21 %, la néphropathie de 25 % à 9 % et les maladies cardiovasculaires de 14 % à 9 %. Durant cette période, moins de 1 % des personnes qui bénéficiaient du traitement intensif avaient perdu la vue.
Ces résultats démontrent à quel point on peut obtenir des résultats qui se rapprochent de plus en plus des populations non diabétiques. Avec de nouvelles technologies permettant un meilleur contrôle de la glycémie se rapprochant de la production naturelle de l’insuline chez les non diabétiques, il sera peut-être possible d’amoindrir l’impact de cette maladie sur l’espérance de vie.