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Montignac : et le diabète avec ça?

Nous ne comptons plus les demandes d’information qui fusent de toutes parts concernant la méthode Montignac. Quelques personnes diabétiques nous téléphonent même en nous disant : « Mon médecin m’a conseillé de suivre Montignac… » Avouez que cela est très inquiétant! Voilà pourquoi nous entreprenons d’expliquer les faits, certaines recommandations et mises en garde pour les personnes diabétiques.

Les bases de sa méthode

L’approche Montignac propose une méthode soi-disant efficace et facilement applicable qui favorise la perte de poids en excès et le maintien du poids optimal en y alliant les plaisirs gastronomiques. Les principes de base consistent en un apport contrôlé en glucides (qualité et quantité) et sur certaines combinaisons alimentaires.

Un exemple de combinaisons est de manger les fruits seuls, à jeun, ou éloignés de trois heures du repas. L’explication, selon Montignac, serait que les fruits sont assimilés très rapidement et que la présence d’autres aliments nuirait à leur digestion en provoquant une fermentation qui détruirait toutes leurs vitamines.

Un deuxième exemple de combinaisons est de ne pas manger au même repas des lipides et des glucides. Il faut, selon l’auteur, apprendre à éviter les lipides et les mauvais glucides au même repas et par conséquent dans les mêmes aliments (frites, noix, avocats, olives…) Les seuls glucides alloués, les bons selon l’auteur, sont ceux à indice glycémique bas, c’est-à-dire de 50 ou moins, riches en fibres. De plus, ils doivent être consommés à des moments particuliers.

Indice glycémique

L’indice glycémique peut être défini par le potentiel que possède un aliment renfermant des glucides à élever la glycémie. Le concept de l’indice glycémique est au centre de l’approche Montignac. Ceci l’amène à exclure de nombreux aliments à indice glycémique élevé tels les carottes, les bananes, le pain blanc, les pommes de terre, le maïs, etc.

Il faudrait cependant expliquer les limites de l’indice glycémique. L’indice montre des variations selon le degré de transformation des aliments, leur mode et durée de cuisson, leur forme et leur degré de maturité. Par exemple, une pomme et de la compote de pommes nature n’auront pas le même indice glycémique pour une même quantité de glucides. La pomme n’étant pas cuite ou transformée, elle aura un indice glycémique plus faible que la compote.

De plus, l’indice glycémique comporte des différences d’un individu à l’autre, selon la journée et le moment précis de la journée, la prise de protéines ou/et de lipides. Montignac classe les glucides selon leur indice glycémique individuel, une notion qui ne tient pas compte des repas avec différents aliments et qui ne laisse aucune place à l’aspect individuel du plan d’alimentation.

Les recommandations des diverses associations du diabète et de médecins

Les lignes directrices de pratique clinique de l’Association canadienne du diabète (2003) mentionnent les recommandations suivantes pour tout diabétique :

  • Chacun devrait recevoir des conseils personnalisés donnés par une diététiste professionnelle.
  • Pour les personnes obèses de type 2, un plan d’alimentation qui tient compte des modifications au style de vie tout en intégrant l’activité physique devrait être à la base du traitement.
  • Les recommandations nutritionnelles pour les diabétiques sont les mêmes que celles de Santé Canada pour le reste de la population. Cela signifie de choisir des aliments provenant des quatre groupes du Guide alimentaire canadien pour manger sainement, d’atteindre un poids-santé et de diminuer l’apport en gras saturés et en acides gras trans. De plus, Santé Canada recommande d’avoir un apport adéquat en glucides (sucres), en protéines et en matières grasses d’après une répartition établie sur mesure, selon les besoins spécifiques et les préférences individuelles.
  • Les sucres et les aliments qui en contiennent peuvent faire partie de l’alimentation des gens diabétiques. Cependant, la condition à respecter est de diminuer les autres glucides à l’intérieur du repas équilibré (et non pas de les ajouter simplement au repas). Il s’agit donc d’une substitution, pas d’une addition. De plus, il est important de ne pas dépasser une certaine quantité, soit 10 % du total des calories. Si vous le souhaitez, votre diététiste vous aidera à convertir ces lignes directrices en trucs pratiques.

Les recommandations de l’American Diabetes Association (ADA) publiées en 2003 sont presque semblables à celles du Canada. Il n’y a cependant pas de quantité maximale de sucres concentrés fixée à 10 % du total des calories. L’ADA considère avant tout la quantité totale de glucides ingérés.

De toute manière, les recommandations de l’Association canadienne et américaine du diabète reconnaissent l’existence de l’indice glycémique, mais ne reposent pas uniquement sur ce concept.

Activité physique

L’approche de Montignac consacre trois pages de son livre « Je mange donc je maigris » à l’activité physique. L’essentiel de son message est que l’activité physique n’a jamais fait maigrir personne et, par le fait même, il ne suggère pas à ses adeptes la pratique régulière d’activité physique.

L’activité physique en période de perte de poids est essentielle pour tous et permet de conserver la masse musculaire et d’éviter un ralentissement du métabolisme de base. L’activité physique représente un élément essentiel du contrôle du diabète en permettant de mieux équilibrer les glycémies. De plus, l’activité physique a un rôle à jouer dans la normalisation du cholestérol sanguin et le contrôle de l’hypertension, en permettant d’atténuer la résistance à l’insuline.

Les suggestions de Montignac sont donc néfastes pour tous, mais de façon particulière pour une personne diabétique.

Personnes diabétiques : Attention!

  1. Matières grasses : Montignac insiste sur les bonnes sources de matières grasses sans s’attarder sur les quantités à ingérer. Une personne diabétique retire des bénéfices à surveiller les sources de matières grasses de même que les quantités ingérées. On suggère habituellement un apport maximal de 30 % du total des calories provenant des matières grasses, tout en favorisant les graisses monoinsaturés (huile d’olive ou de canola). Votre diététiste peut vous aider en ce sens.
  2. Protéines : En mangeant comme le suggère la méthode Montignac, la contribution des protéines serait supérieure à 25 % de l’énergie (Calories) totale de la journée, alors que les Associations américaine et canadienne du diabète recommandent un pourcentage plus près de 15 % de l’énergie totale quotidienne.
    Pour la personne diabétique ceci peut représenter des effets négatifs pour les reins. Après plusieurs années de diabète, certaines complications peuvent se développer. C’est le cas de la fonction rénale : la capacité de filtration des reins diminue éventuellement et laisse passer dans l’urine des éléments qui ne devraient pas y être. C’est ce qu’on appelle la microalbuminurie ou l’albuminurie. Une prise importante de protéines telle que proposée dans la méthode Montignac peut mener à une aggravation de cette complication.
    Tel que suggéré par les recommandations des Associations américaine et canadienne du diabète, la consommation de protéines chez les personnes diabétiques doit être calculée. Votre diététiste peut vous expliquer concrètement ce que cela implique pour vous
  3. Fructose : L’approche Montignac suggère l’utilisation du fructose comme agent sucrant à cause de son indice glycémique plus faible que celui du saccharose (ou sucrose - sucre blanc). Cependant, les recommandations récentes, tant du côté canadien qu’américain, mentionnent qu’une consommation élevée de fructose peut avoir des effets indésirables sur les gras présents dans le sang (cholestérol sanguin en particulier). En se basant sur les données provenant des études effectuées chez des personnes diabétiques, l’Association américaine du diabète conclut qu’il n’y a pas de raison d’éviter les fruits, les légumes et les autres aliments qui contiennent du fructose de façon naturelle. Toutefois, l’ajout de fructose acheté commercialement pour sucrer les aliments de la personne diabétique n’aura pas d’effets bénéfiques par rapport aux autres sucres.

Points positifs

Parmi plusieurs points négatifs, on décèle quelques points positifs à cette méthode. Celle-ci encourage de bons choix alimentaires comme des produits laitiers et des viandes maigres ainsi que des bonnes sources de matières grasses. De plus, on y recommande des modes de cuisson visant à diminuer les pertes de vitamines et de minéraux des légumes.

Un autre point fort consiste en un apport élevé de fibres alimentaires par la consommation de produits céréaliers à grains entiers et de légumineuses. Tous ces points positifs répètent le message que les diététistes livrent à leur clientèle depuis longtemps.

Mises en garde

Exclusion de certains aliments : l’exclusion de tous les aliments à indice glycémique de 50 ou plus n’est pas justifiée. Une personne diabétique peut habituellement consommer tous les aliments présents dans le Guide alimentaire canadien pour manger sainement, selon les quantités établies pour ses besoins particuliers. Pour une personne diabétique, certains ajustements s’imposent. Pour les connaître, communiquer avec une diététiste.

Combinaisons alimentaires : la théorie des combinaisons alimentaires telle qu’exposée dans Les bases de sa méthode est inexacte et ne repose pas sur des données scientifiques établies. L’auteur affirme qu’en éliminant les glucides lors d’un repas renfermant des lipides et des protéines « il y a peu d’insuline, donc, il n’y a pas de stockage d’énergie ». Cette affirmation est fausse puisque même la prise de protéines stimule la production d’insuline celle-ci favorisant le stockage.

Suivre ou ne pas suivre la méthode Montignac

Oui, la méthode Montignac fonctionne mais pas pour les raisons que Montignac invoque. Selon les résultats d’une étude effectuée à l’Hôpital Laval de Québec, la perte de poids associée au régime de Montignac serait la conséquence d’une diminution de l’apport énergétique (ou diminution des calories) rendue possible sans trop d’efforts et de privation grâce à l’effet de satiété des fibres et des protéines.

Voici en résumé les raisons pour ne pas suivre Montignac :

La méthode Montignac ne rencontre pas les recommandations minimales du Guide alimentaire canadien pour manger sainement, particulièrement pour les produits céréaliers.

Par ailleurs, le régime est très restrictif et non personnalisé. De plus, la consommation abondante de protéines pourrait mener à long terme à des complications chez les personnes diabétiques, particulièrement chez celles ayant déjà des problèmes rénaux.

Dans la liste de références scientifiques exhaustive — soit plus de 160 – retrouvée dans le livre Je mange donc je maigris (publié pour la première fois en 1994, réimprimé en octobre 1998), la plus récente remonte à 1989! Doit-on en conclure que la science (ou l’auteur?) n’a pas évolué depuis?

Montignac a publié plusieurs livres. On remarque quelques changements dans l’approche, mais pas dans la base de la méthode Montignac. Les mises en garde pour les personnes diabétiques et les faiblesses indiquées dans le présent texte demeurent.

Des impacts négatifs sont souvent issus d’une telle démarche. Au niveau psychologique, il peut y avoir diminution de l’estime de soi, sentiment de frustration, d’échec et même de la dépression. Au niveau physiologique, on retrouve une diminution des besoins énergétiques au repos, une perte de masse musculaire, une déshydratation et une augmentation de l’activité des enzymes servant au stockage des graisses, tous des facteurs qui seraient responsables de la reprise de poids lorsque celles-ci ne sont pas attribuables à un excès de nourriture.

Source : Plein Soleil, Été 99, Marie-Claire Barbeau et Claire Robillard, diététistes, Service d’enseignement Diabétaide. Révisé en février 2004.

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