
Les diètes faibles en glucides familièrement appelées « low carbs » refont périodiquement surface dans l’actualité et demeurent un sujet controversé. Quels sont les motifs à l’origine de cette popularité ? Alimentée par les résultats d’études scientifiques de qualité variable, par les modes ou les saisons, on attribue à ces régimes de nombreux avantages pour la santé dont la perte de poids et la réduction des risques de maladies du cœur et des vaisseaux sanguins. Ce type d’alimentation pourrait même prévenir l’apparition du diabète de type 2 et réduire la glycémie (taux de sucre dans le sang).
Ces avantages présumés semblent séduisants pour les personnes diabétiques. Cependant, plusieurs points mériteraient d’être éclaircis avant de prendre la décision d’adhérer à ce régime pouvant impliquer des changements importants de ses habitudes alimentaires. En quoi consiste-t-il exactement? Peut-il entraîner des effets indésirables sur la santé des personnes diabétiques? Présente-t-il des avantages réels par rapport aux plans d’alimentation élaborés par les diététistes-nutritionnistes, s’appuyant sur les recommandations d’organismes reconnus dans le domaine du diabète1?
1Association canadienne du diabète (ACD); American Diabetes Association (ADA); Fédération internationale du diabète (FID)
Commençons par définir ce qu’on entend par « diète faible en glucides ou en hydrates de carbone » . Il ne semble pas exister de consensus sur la proportion (en %) ou sur la quantité (en grammes) de glucides préconisée pour cette diète. Les valeurs citées dans les études scientifiques varient entre 4 % et 45 % des besoins en énergie (calories) d’une personne pour une journée, ce qui est inférieur à la proportion de 45 % à 60 % actuellement recommandée pour les personnes diabétiques par l’Association canadienne du diabète (ACD). Par exemple, certains régimes, tels que celui du Dr Atkins, limitent la consommation quotidienne de glucides à des valeurs situées entre 50 et 150 grammes (g). À titre de référence, 50 g de glucides représentent l’équivalent de trois tranches de pain ou de trois portions de fruits par jour !
Ce régime restreint donc fortement, et souvent sans distinction quant à leur valeur nutritive, la consommation de certains groupes d’aliments contenant naturellement des glucides comme les féculents (céréales à déjeuner, riz, pain, pâtes, pommes de terre, légumineuses), les fruits, les légumes, ainsi que le lait et ses substituts (boisson de soya, yogourt, kéfir) . Cependant, il fait plus de place aux aliments riches en protéines tels que les viandes et substituts (poissons, œufs …) et aux sources de matières grasses (huiles, beurre, olives).
Selon les tenants de cette approche, consommer la quantité de glucides recommandée parl’ACD entraînerait une sécrétion excessive d’insuline par le pancréas afin de faire pénétrer le glucose sanguin dans les cellules. Cet effort supplémentaire demandé au pancréas provoquerait son épuisement à plus ou moins long terme, compromettant ainsi sa capacité de ramener la glycémie à des valeurs normales dans les deux heures suivant les repas. Les niveaux élevés d’insuline présents dans le sang favoriseraient également la mise en réserve de gras dans les tissus adipeux sous la forme de triglycérides. Concrètement, cela pourrait favoriser le développement du diabète de type 2 et augmenter les risques de complications (cœur, vaisseaux sanguins, yeux, reins, nerfs) pour les individus qui en sont atteints.
La popularité des régimes réduits en glucides repose en grande partie sur leur promesse de perte de poids importante et rapide. Est-ce vraiment le cas ? On observe effectivement une perte de poids substantielle dans les premiers jours suivant l’adoption d’une telle diète. À défaut de fournir une quantité suffisante de glucides pour combler ses besoins, le corps doit puiser dans ses réserves de glucides entreposés sous forme de glycogène. Or, l’utilisation du glycogène provoque également l’élimination de l’eau qu’il contient, ce qui contribue à la perte de poids. La diminution de l’appétit et l’atteinte d’un état de satiété avec une quantité moindre d’énergie (calories) associés à cette diète peuvent également expliquer la perte de poids.
Au début de l’année 2008, l’ADA a suscité une polémique en ajoutant le recours à une alimentation réduite en glucides comme moyen alternatif aussi acceptable qu’une alimentation réduite en lipides (matières grasses) pour perdre du poids. Cette recommandation, qui s’adresse aux personnes diabétiques de type 2 souffrant d’un excès de poids, est toutefois assortie de certaines mises en garde importantes en ce qui a trait à la diète réduite en glucides :
Les deux types de régime (réduits en lipides ou en glucides) se sont révélés aussi efficaces pour perdre du poids à court terme. En fait, la perte de poids n’est pas causée par la composition du régime en éléments nutritifs, mais s’explique plutôt par le fait de consommer moins de calories que ce que le corps dépense en une journée.
Ainsi, la prudence s’impose lorsqu’on envisage une modification de ses habitudes alimentaires impliquant une réduction significative en termes de calories ou de variété d’aliments consommés. Cela implique de soupeser les risques et les limites de ce type de régime par rapport aux bienfaits attendus.
Tel que mentionné précédemment, la quantité et la proportion de glucides ne sont pas clairement définies. Cela nous amène à nous poser les questions suivantes :
Les glucides et les aliments qui en contiennent remplissent certaines fonctions essentielles pour le bon fonctionnement de notre organisme. Non seulement les glucides constituent-ils l’unique source d’énergie (calories) pour le cerveau et le système nerveux, mais les aliments glucidiques fournissent des fibres et sont les principales sources de certaines vitamines et minéraux.
Une consommation insuffisante de glucides peut donc entraîner une déficience en vitamines du complexe B telles que la thiamine (B1), l’acide folique, la piridoxine (B6); en vitamines liposolubles (A et E) de même qu’en minéraux tels que le calcium, le potassium et le magnésium. L’apport insuffisant de fibres peut également perturber le fonctionnement et la santé du tube digestif ainsi que le contrôle de la glycémie après les repas. Ceci peut possiblement expliquer les effets secondaires rapportés dans les études, soit diarrhée, faiblesse, maux de tête et crampes musculaires et des épisodes de constipation.
Le risque d’hypoglycémie demeure également présent pour les personnes diabétiques traitées avec de l’insuline ou des sécrétatogues de l’insuline tels que Diabeta®, Diamicron®, Amaryl®, Starlix® et GlucoNorm®.
Enfin, l’élimination de nombreux aliments riches en glucides nous prive de variété dans l’assiette ce qui se traduit par moins de couleur, de saveurs et de textures ! La monotonie des repas constitue par ailleurs le principal obstacle au maintien de ce régime à long terme et explique le taux d’abandon élevé observé dans les études et ce, après seulement quelques mois.
Diverses options sont possibles. Elles se résument essentiellement à augmenter notre consommation de protéines ou de lipides (gras) pour remplacer entièrement ou partiellement les calories fournies pour les glucides pour combler nos besoins en énergie (calories) pour une journée. Certains choix peuvent présenter des risques pour la santé.
Augmentation de la consommation de protéines :
Augmentation de la consommation de lipides :
Consommation insuffisante de calories et de protéines :
Qu’en est-il des avantages attribués à ce type d’alimentation ? Les effets positifs les plus souvent cités dans les études sont la diminution de la glycémie (principalement celle mesurée après les repas), de certains mauvais gras dans le sang (plus particulièrement les triglycérides) ainsi que la réduction du risque de maladies cardiovasculaires. La prévention du diabète de type 2 est également mentionné. Cependant, la plupart de ces études présentent des faiblesses importantes, ce qui laisse planer un doute quant à la fiabilité des résultats et au rôle attribuable à la réduction des glucides dans l’atteinte de ces résultats. Plusieurs chercheurs croient que les effets positifs pour la santé pourraient davantage s’expliquer par la perte de poids générée par ces diètes. Ils se demandent également si les effets positifs pourront être maintenus suite à l’abandon du régime ou d’une augmentation même modérée de la quantité de glucides dans l’alimentation.
Plusieurs interrogations demeurent en suspens quant à l’efficacité et au caractère sécuritaire de ces diètes. Des études additionnelles mieux structurées sur des personnes prédiabétiques et diabétiques de type 2 s’avèrent donc nécessaires pour déterminer si de telles diètes pourraient éventuellement leur être recommandées.
Cependant, n’oublions pas qu’il existe déjà des recommandations sur l’alimentation favorisant un meilleur contrôle du diabète et une réduction des risques de complications.
Cela inclut :
Si vous décidez de recourir à un régime réduit en glucides, il serait préférable de consulter une diététiste-nutritionniste pour réviser votre plan d’alimentation ou pour en élaborer un. Elle s’assurera que votre alimentation convienne à vos besoins et vous recommandera un supplément de vitamines et de minéraux, si requis. Elle veillera également à ce que la perte de poids, si elle est nécessaire, s’effectue de façon sécuritaire tout en favorisant son maintien à moyen et à long terme.
Source : Andrée Gagné, diététiste-nutritionniste, Service d’enseignement Diabétaide. Août 2009.