Jacques Lepage

En octobre 1981, sa vue baisse drastiquement, alors que le mois précédent, il lisait très bien sans lunettes. Dans les mois qui suivent, Jacques perd beaucoup de poids, boit de l’eau constamment. Après quelques tests, la nouvelle tombe : on lui diagnostique un diabètede type 1. Nous sommes le 14 janvier 1982. Il a 34 ans. Il n’y a pas de diabète dans sa famille. Il n’y croit pas.

«  Je n’étais pas atteint de diabète, j’étais atteint d’incrédulité!  En ce sens que le diabète, c’était pour les autres, pas pour moi. J’étais hyper stressé. On m’a tout enseigné et je n’ai rien appris… ». Sa conjointe de l’époque qui est infirmière l’aide tant bien que mal à passer cette épreuve. Mais Jacques a énormément de dfficulté à accepter ce qui lui arrive. Il vit une certaine insécurité car le couple a un jeune enfant et il ne veut pas manquer à son devoir de père à cause du diabète. Le stress de ne pas être en mesure de joindre les deux bouts financièrement le gruge également.

« Je prenais rarement mes glycémies. Je n’étais pas sage, pas sérieux. Tout cela me rendait vulnérable et sujet à faire des hypoglycémies. » En décembre 1999, Jacques fait une crise cardiaque. Deux ans plus tard, alors qu’il fait les emplettes des Fêtes avec sa fille maintenant adulte, un mal de tête soudain le contraint à se rendre à l’hôpital. Il vient de faire un ACV.

« J’ai travaillé la majeure partie de ma vie dans le milieu hôtelier. À l’approche de la période des Fêtes, le travail était dfficile et stressant. Après 23 ans de diabète, je ne savais toujours pas comment calculer mes glucides adéquatement. Je pense que tout cela a contribué à faire de moi un candidat pour ces complications. Je ne ressentais pas les symptômes qui laissent présager une hypoglycémie. Dans la dernière année où j’ai travaillé en hôtellerie, j’ai fait des hypos à répétition. J’ai perdu mon emploi à l’hôtel pour ces raisons. J’avais alors 58 ans. Et c’est à ce moment-là que je me suis mis à réfléchir sur ma condition. »

Depuis 2010, Jacques travaille 5 jours par semaine pour Entraide diabétique du Québec (EDQ) comme chauffeur. Son emploi consiste à faire la tournée des boîtes de dons de vêtements de l’organisme pour les vider de leur contenu. Il a la responsabilité d’un camion-cube qu’il doit charger et décharger manuellement.

« Mon travail est beaucoup plus physique qu’avant. Mes doses d’insuline ont diminué en fonction de ma dépense énergétique. Avant de travailler pour EDQ, j’avais une hémoglobine glyquée entre 10 et 12 et je prenais 40 unités par jour alors que maintenant, c’est entre 18 et 22 unités pour une glyquée à 8. Je ne suis pas un sportif régulier et c’est la seule chose significative qui a changé dans ma vie pour expliquer cet ajustement. L’utilisation de l’insuline Lantus a aussi été une révélation pour moi. »

Jacques a aujourd’hui 70 ans et il ne les fait pas. Il pourrait cesser de travailler mais le contrôle de ses glycémies le motive à poursuivre. Cela fait maintenant plus de la moitié de sa vie qu’il vit avec le diabète. « Cette maladie m’a fait passer à travers bien des épreuves. Si j’avais à recommencer ma vie à partir de l’âge de 34 ans, mon attitude et mon comportement ne seraient certainement pas les mêmes. Mais on doit vivre ce que la vie nous apporte, pas toujours comme on le souhaite mais comme on le peut. »

Bien dit, Jacques!